Dimanche soir, nous étions tranquillement assis dans notre charmant salon (toujours aussi confortable). Aurélie naviguait sur Internet et je croupissais devant une série quelconque que diffusait l’une des rares chaînes françaises que nous captons. J’entendais soudain un couinement régulier, d’abord à moitié conscient de ce bruit, avant d’identifier sa provenance : les portes de notre appartement. Alors intrigué par cette répétition inhabituelle, je voyais Aurélie ouvrir de grands yeux affolés. Elle n’avait dit que deux mots (« ça bouge ») et je sentais moi aussi cette sensation étrange, totalement inédite : nous étions en train de vivre notre première expérience sismique ! Les murs se balançaient légèrement, les pseudo-diamants en toc de notre lustre kitsch tournoyaient et les couinements se faisaient plus présents, légèrement lugubres dans le silence ambiant, comme s’ils hésitaient à s’accélérer… Les personnages de ma série continuaient leur enquête, imperturbables, sans qu’aucun parasite ne vinsse brouiller la diffusion. Nous étions debout, perplexes, hésitant entre frayeur et fascination. Je tirais une chaise pour être prêt à nous glisser sous la table en cas de secousse plus forte, comme il est généralement recommandé de faire en cas d’incapacité à sortir rapidement – ce qui était évidemment notre cas au cinquième étage. Mais en une vingtaine de secondes, tout était terminé. Notre vertige durait un peu plus, comme si les vibrations prolongeaient un tourbillon dans nos cerveaux.

 

 

Le lendemain, nous apprenions que la terre avait tremblé au Kirghizistan voisin, à magnitude 6.6 sur l’échelle de Richter, et avait fait plus de 70 victimes. Les ondes avaient touché Tachkent deux heures plus tard, à magnitude 3, sans aucune conséquence autre que notre propre stupéfaction ! Rien de comparable avec le séisme de 1966, ni même avec celui du 22 août dernier. En parlant de la secousse à l’école, nous remarquions d’ailleurs que certains ne l’avaient même pas ressenti, surtout ceux qui habitaient au rez-de-chaussée. Les bâtiments post-66, tous antisismiques, avaient apparemment bien fait leur travail d’amortissement des ondes.