Septembre fut bleu. Même si le mercure n’atteignait plus les moyennes de fin d’été, septembre resta bleu, aux alentours des 25°C. Octobre semble plus capricieux. Le 30 septembre au soir, la transition s’était amorcée sans prévenir. Nous étions habitués à ce beau temps perpétuel, oubliant nos traditions météorologiques franchouillardes : sans pull et sans longues manches, tel était notre devise ! Mais ce jour-là, patatra ! Alors qu’une réunion s’était éternisée avec l’inspecteur académique "local" (comprenez "responsable de la zone") en visite cette semaine-là depuis Dubaï, des cordes se sont mises à s’abattre sur Tachkent. Les plombs de l’école nous ont fait faux bond au même instant, nous plongeant dans un noir profond au moment de nous évader vers le « Bek », un restaurant apprécié notamment pour son agréable terrasse. Ce soir-là, ce fut donc un repli vers l’intérieur, dans une ambiance de douce apocalypse : les tables étaient regroupées d’un côté de la salle, pour éviter la cascade provenant du toit ! Une fuite dessinait en effet des auréoles sur le plafond blanc et versait de lourds filets d’eau directement dans le lustre puis sur le sol, comme pour imiter une fontaine de champagne. Les chants russes entonnés par nos voisins de table complétaient cette atmosphère digne qu’un film d’Andreï Tarkovski.

L’automne semble arriver depuis ce soir-là, petit à petit. Les chemins sont de plus en plus parsemés de feuilles mortes, que balayent indéfiniment les Ouzbeks avec leurs balais de paille. Un matin, un "temps de Parisien" nous a accueilli au réveil, avec ses nuages grisâtres et sa triste pluie. Les feuilles jaunes et orangées ont toutefois empêché les chemins d’être aussi boueux que ce qu’on appréhendait. Puis au fil de la journée, les nuages ont disparu et le ciel bleu a dominé à nouveau. Un scénario quasi similaire s'est répété durant toute la semaine, outre la pluie étonnamment absente malgré les matins plus frais et nuageux, nous laissant toujours perplexes dans le choix d'une tenue adéquate. Un soir de retrouvailles collectives sur la terrasse d’un autre restaurant, d’irrégulières bourrasques ont littéralement fait neiger des feuilles dans nos assiettes. Il y avait quelque chose de délicieusement poétique dans ce spectacle, très symbolique des évolutions météorologiques des dernières semaines. Les beaux jours n’ont toutefois pas disparu. Encore moins dans l’ouest du pays que nous nous apprêtons à explorer pour les vacances. Train dès ce soir, vers le ciel bleu du désert où octobre est probablement moins capricieux…