Who's bek ? - deux Français en Ouzbékistan

Quand un couple de Français décide de passer une année de leur vie en Ouzbékistan, ça ne peut qu'engendrer récits, anecdotes, impressions et coups de cœur en tout genre... Et encore plus si on y ajoute leurs voyages en Inde effectués depuis Tachkent !

17 octobre 2008

SEPTEMBRE BLEU, OCTOBRE CAPRICIEUX ?

Septembre fut bleu. Même si le mercure n’atteignait plus les moyennes de fin d’été, septembre resta bleu, aux alentours des 25°C. Octobre semble plus capricieux. Le 30 septembre au soir, la transition s’était amorcée sans prévenir. Nous étions habitués à ce beau temps perpétuel, oubliant nos traditions météorologiques franchouillardes : sans pull et sans longues manches, tel était notre devise ! Mais ce jour-là, patatra ! Alors qu’une réunion s’était éternisée avec l’inspecteur académique "local" (comprenez "responsable de la zone") en visite cette semaine-là depuis Dubaï, des cordes se sont mises à s’abattre sur Tachkent. Les plombs de l’école nous ont fait faux bond au même instant, nous plongeant dans un noir profond au moment de nous évader vers le « Bek », un restaurant apprécié notamment pour son agréable terrasse. Ce soir-là, ce fut donc un repli vers l’intérieur, dans une ambiance de douce apocalypse : les tables étaient regroupées d’un côté de la salle, pour éviter la cascade provenant du toit ! Une fuite dessinait en effet des auréoles sur le plafond blanc et versait de lourds filets d’eau directement dans le lustre puis sur le sol, comme pour imiter une fontaine de champagne. Les chants russes entonnés par nos voisins de table complétaient cette atmosphère digne qu’un film d’Andreï Tarkovski.

L’automne semble arriver depuis ce soir-là, petit à petit. Les chemins sont de plus en plus parsemés de feuilles mortes, que balayent indéfiniment les Ouzbeks avec leurs balais de paille. Un matin, un "temps de Parisien" nous a accueilli au réveil, avec ses nuages grisâtres et sa triste pluie. Les feuilles jaunes et orangées ont toutefois empêché les chemins d’être aussi boueux que ce qu’on appréhendait. Puis au fil de la journée, les nuages ont disparu et le ciel bleu a dominé à nouveau. Un scénario quasi similaire s'est répété durant toute la semaine, outre la pluie étonnamment absente malgré les matins plus frais et nuageux, nous laissant toujours perplexes dans le choix d'une tenue adéquate. Un soir de retrouvailles collectives sur la terrasse d’un autre restaurant, d’irrégulières bourrasques ont littéralement fait neiger des feuilles dans nos assiettes. Il y avait quelque chose de délicieusement poétique dans ce spectacle, très symbolique des évolutions météorologiques des dernières semaines. Les beaux jours n’ont toutefois pas disparu. Encore moins dans l’ouest du pays que nous nous apprêtons à explorer pour les vacances. Train dès ce soir, vers le ciel bleu du désert où octobre est probablement moins capricieux…

Posté par jraf3615 à 09:35 - Vivre en Ouzbékistan - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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07 octobre 2008

QUAND TACHKENT OSCILLE

Dimanche soir, nous étions tranquillement assis dans notre charmant salon (toujours aussi confortable). Aurélie naviguait sur Internet et je croupissais devant une série quelconque que diffusait l’une des rares chaînes françaises que nous captons. J’entendais soudain un couinement régulier, d’abord à moitié conscient de ce bruit, avant d’identifier sa provenance : les portes de notre appartement. Alors intrigué par cette répétition inhabituelle, je voyais Aurélie ouvrir de grands yeux affolés. Elle n’avait dit que deux mots (« ça bouge ») et je sentais moi aussi cette sensation étrange, totalement inédite : nous étions en train de vivre notre première expérience sismique ! Les murs se balançaient légèrement, les pseudo-diamants en toc de notre lustre kitsch tournoyaient et les couinements se faisaient plus présents, légèrement lugubres dans le silence ambiant, comme s’ils hésitaient à s’accélérer… Les personnages de ma série continuaient leur enquête, imperturbables, sans qu’aucun parasite ne vinsse brouiller la diffusion. Nous étions debout, perplexes, hésitant entre frayeur et fascination. Je tirais une chaise pour être prêt à nous glisser sous la table en cas de secousse plus forte, comme il est généralement recommandé de faire en cas d’incapacité à sortir rapidement – ce qui était évidemment notre cas au cinquième étage. Mais en une vingtaine de secondes, tout était terminé. Notre vertige durait un peu plus, comme si les vibrations prolongeaient un tourbillon dans nos cerveaux.

 

 

Le lendemain, nous apprenions que la terre avait tremblé au Kirghizistan voisin, à magnitude 6.6 sur l’échelle de Richter, et avait fait plus de 70 victimes. Les ondes avaient touché Tachkent deux heures plus tard, à magnitude 3, sans aucune conséquence autre que notre propre stupéfaction ! Rien de comparable avec le séisme de 1966, ni même avec celui du 22 août dernier. En parlant de la secousse à l’école, nous remarquions d’ailleurs que certains ne l’avaient même pas ressenti, surtout ceux qui habitaient au rez-de-chaussée. Les bâtiments post-66, tous antisismiques, avaient apparemment bien fait leur travail d’amortissement des ondes.

Posté par jraf3615 à 18:38 - Vivre en Ouzbékistan - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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APPEL À L'AÏD !

En 1966, Tachkent est ravagé par un séisme. Un seul quartier est relativement épargné par cette IMG_8277catastrophe, près du marché de Chorsu. Ses maisons de terre sont aujourd’hui comme une île de tradition au milieu d’un océan d’architecture moderne, comme un village anachronique qui détone dans la jungle urbaine. En son sein, madrasas et mosquées attirent les touristes mais peu semblent s’aventurer dans les ruelles pourtant pittoresques. C’est donc en explorateurs de notre nouvelle ville que nous les avons arpentées lors d’un de nos premiers week-ends, en compagnie de deux autres professeurs français, Marc et Nakissa.

Un petit canal avait attiré nos pas sur ses rives paisibles, où un Ouzbek lavait sa voiture sur un petit pont de IMG_8274bois, où des enfants jouaient, où quelques animaux passaient (canards, moutons… et rats), où une jeune fille balayait les feuilles sur le bitume poussiéreux, où un groupe de vieux Ouzbeks profitaient de la terrasse d’une chaikhana qui enjambait le canal… Les chaikhanas sont  des maisons de thé, où l’on peut passer des heures à se prélasser, discuter ou jouer. Et c’est justement le genre d’endroit que nous cherchions après une bonne heure de promenade – celle que nous avions croisée était désormais loin derrière nous. Alors que nous pensions en avoir débusqué une au coin d’une ruelle, nous nous installions dans une petite pièce, prêts à jouer aux dominos qui jonchaient la table basse face à nous. Vint alors un vieil homme, à l’air facétieux et sage à la fois, qui nous accueillit avec un large sourire et IMG_8284un enthousiaste flot de paroles, que seul Marc parvenait à comprendre partiellement, cernant alors le quiproquo : il s’agissait en fait d’une maison de quartier ! Amusés et confus, nous remerciions ce brave homme mais celui-ci nous invitait chez lui pour nous offrir ce thé dont nos papilles rêvaient.

Voilà comment nous nous sommes retrouvés dans une maison perdue au fin fond du quartier, chaleureusement reçus par toute une famille qui s’activait à couvrir leur table de bonbons, de chocolats, de tasses de thé, de morceaux de lipiochka (le pain rond local) et même de bols de bouillon de légumes. Ayant eu quelques échos de l’hospitalité débordante des Ouzbeks, nous n’étions pas IMG_8584surpris mais tout de même un peu gênés et interrogés : attendaient-ils quelque chose de nous ? (Après tout, n’avaient-ils pas proposé de nous louer une de leurs chambres ?) Allaient-ils pousser leur générosité jusqu’à nous préparer un plov, ce plat national qui fait la fierté culinaire de tout un peuple ? Devant cette éventualité, nous avions profité d’une pause prière de leur part pour prétexter le besoin de rentrer.

Tout aurait pu en rester là mais c’était sans compter sur le ramadan en cours, qui leur avait donné l’idée de nous inviter pour l’Aïd el-Fitr, la fameuse fête de fin de jeûne, qui tombait le 1er octobre cette année – un jour férié inédit pour nous. Le jour J, nous avons donc débarqué, avec renfort de cinq autres Français, pour goûter à cet honneur. Notre boussole intérieure nous a fait retrouver facilement le chemin dans ce dédale de ruelles, aidés par les « Frantsous »  (Француз pour la VO!) que les passants chuchotaient entre eux, indice que la nouvelle de notre venue avait fait la une des cancans du quartier et que nous approchions bel et bien de nos hôtes ! C’est autour d’une table doublement plus IMG_8582fournie que la précédente que nous nous sommes ensuite regroupés, de nouveau ébahis par l’accueil – à les entendre, nous leur faisions un honneur de répondre à leur invitation et certains allaient jusqu’à nous remercier d’avoir parcouru tous ces kilomètres depuis notre pays pour venir s’asseoir chez eux ! Au fur et à mesure, de nouveaux gâteaux et sucreries venaient s’ajouter à la table qui débordait. Et lorsque nous sortions prendre l’air dans la cour intérieure, c’était pour mieux se voir offrir les kakis qui y poussaient, entendre la promesse d’un plov qui ne tarderait pas à remplir les bols, ou être invités (pour quatre d’entre nous qui avions glissé notre nez ailleurs) chez la voisine pour d’autres gâteaux, plats et tasses de thé répartis à foison sur une table démesurée par rapport à notre nombre et à l’espace disponible IMG_8634de nos estomacs ! Un seul moyen de s’en sortir avant d’éclater : oser lancer un « amin », une sorte de prière collective de remerciement final, ponctué d’un geste émouvant des mains sur le visage, comme si elles le lavaient et l’imprégnaient d’un doux respect. De retour chez nos hôtes principaux, nous avons honoré l’offre inévitable du plov avant d’impulser une nouvelle prière.

Et ce fut au milieu d’une franche foule de sourires partagées que nous nous sommes remerciés mutuellement, les uns de l’invitation les autres de notre venue… et avons été invité dans 70 jours, pour l’Aïd el-Kébir avec la promesse d’un festin de chachliks (les fameuses brochettes ouzbèkes). L’hospitalité ouzbèke serait-elle sans fin ?

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   à suivre...

Posté par jraf3615 à 15:25 - Vivre en Ouzbékistan - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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