Who's bek ? - deux Français en Ouzbékistan

Quand un couple de Français décide de passer une année de leur vie en Ouzbékistan, ça ne peut qu'engendrer récits, anecdotes, impressions et coups de cœur en tout genre... Et encore plus si on y ajoute leurs voyages en Inde effectués depuis Tachkent !

30 novembre 2008

NOUKOUS OÙ ES-TU ?

C'est souvent en plein milieu de nulle part qu'il est possible de résister. C'est donc à Noukous qu'un certain Igor Savitsky a pu sauvegarder des vestiges de l'avant-garde soviétique, prolifique dans les années 1920-1930. Le parti unique n'avait pas suffit à Staline, il lui avait fallu un art unique, le "réalisme soviétique". Savitsky avait donc livré un combat solitaire et silencieux pour accumuler la plus grande collection des arts soviétiques illégaux dans le fin fond de l'aride Karakalpakistan. Loin de tout, loin des historiens et amateurs d'art, un improbable musée a donc surgi et se bat aujourd'hui pour continuer d'exister.

Enfants_de_NoukousLa lutte pour la survie est peut-être bien ce qui définit le mieux Noukous. En détournant l'Amou-Daria pour s'auto-suffire en coton et en réalisant d'inavouables expériences secrètes dans les environs, l'URSS a épuisé la terre et l'eau des Karakalpaks*. Aujourd'hui ils n'ont plus grand chose – pour ne pas dire rien – et il serait bien long d'expliquer tout ce qui les accable. Beaucoup fuient, de plus en plus, surtout chez les Kazakhs, leurs plus proches cousins. Et ceux qui restent ? Dans les rues désertes, il est parfois difficile de trouver quelqu'un pour demander son chemin - Vendeuse_de_Noukousça et là quelques gamins qui jouent, quelques silhouettes au loin... Alors pourquoi autant de chantiers surgissent-ils un peu partout ? Comment expliquer l'apparente importance de la demande immobilière ? Serait-ce une façade, un trompe-l'œil de la part du gouvernement ouzbek ?

Pour trouver plus d'animation dans une ville, il faut généralement trouver son centre... mais où est-ce à Noukous ? On a beau fouiller des yeux pour déceler un semblant de centre-ville, cela paraît mission impossible. Annette_bazar_NoukousHeureusement, il reste une seconde solution : trouver un marché. Le bazar de Noukous fourmille de couleurs, d'odeurs et de sourires. Il n'y a sans doute pas mieux dans ce pays que les bazars pour s'imprégner de la population locale. Celui de Noukous n'est pas forcément plus exceptionnel qu'ailleurs mais il prend une dimension supérieure à cause de la concentration de vie qu'il constitue au sein de cette région désolée. C'est une profusion d'aliments et d'objets en tout genre qui s'étalent dans les allées. Et à chaque recoin, nous retrouvons l'enthousiasme des passants que nous avions croisés la veille sur l'esplanade. Certains baragouinent quelques mots de français qui ressurgissent - ils ne savent comment - de leurs lointaines années d'étude à l'époque soviétique. Des femmes insitent pour que je les prenne en photo. Annette ne sait plus où donner de la tête au milieu des couleurs et motifs qui semblent lui murmurer "achète-moi" ! La_mamie_des_vieux_livresTandis qu'elle essaie un énième vêtement, Aurélie et moi sommes hypnotisés par le charme émouvant d'une vieille dame aux yeux brillants. De sa douce voix, elle propose des vieux livres et je lui en achète un (des contes ouzbeks écrits en russe), peut-être plus pour avoir un souvenir d'elle que pour le livre lui-même. Il se dégage, de son visage et de sa timide attitude, un torrent d'histoires et d'émotions. Si nous avions pu communiquer, nous sommes persuadés qu'elle aurait eu des milliers de choses à nous conter, bien plus intéressantes que celles écrites dans les pages jaunies qu'elle tente de revendre pour une misère (elle me propose un gros livre sur le théâtre et le cinéma pour 1000 soums ! trop encombrant malheureusement...).

L'enthousiasme, la générosité, la simplicité... C'est peut-être les dernières forces motrices de ce peuple. Comme s'ils n'avaient plus rien à perdre désormais, cela les rend capable de croquer à pleines Les_femmes_de_la_maison_mus_edents la moindre miette de bonheur ou d'originalité qui viendrait rompre leur monotonie, ne serait-ce qu'une seconde. La présence furtive d'étrangers dans leur vie devient alors un moment fort. Leurs sourires sont assortis d'un regard scintillant. Comme un soupçon quasi imperceptible de tristesse, de nostalgie, d'émoi et de désir. Une bouleversante mixture d'humanité qui fait que la vie résiste bel et bien à Noukous. Dommage que ces inombrables sourires ne puissent leur apporter plus de prospérité...

*Quand je parle de Karakalpaks, c'est un raccourci puisqu'ils ne constituent qu'un tiers des habitants du Karakalpakistan, un autre tiers étant des Ouzbeks et un bon quart des Khazaks.

Posté par jraf3615 à 15:59 - Karakalpakistan - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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28 novembre 2008

EN ROUTE POUR LE BOUT DU MONDE

IMG_8681Vendredi soir à la gare de Tachkent. Le train se remplit petit à petit et nous prenons place dans notre compartiment (Annette, Aurélie et moi). Il y flotte une ambiance d'Orient-Express, un petit air de début XXe, avec ce service à thé qui nous attend sur la tablette et ce samovar disponible à l'extrémité du wagon. Nous avons un compagnon de voyage qui occupera le quatrième lit: Viktor, un Russe de Tachkent, un jeune sympathique qui travaille dans l'armée - si toutefois nous avons bien compris le bricolage d'anglais, de russe et de français qui nous a permis de communiquer !

Un petit mouvement... qui s'accélère... et c'est parti pour notre première exploration de l'Ouzbékistan ! Nous quittons la capitale et son urbanisme soviétique. Quelques dizaines de kilomètres après le départ, les rails franchissent déjà le Syr-Daria, le seul des deux grands fleuves qui parvient encore, dans le Kazakhstan voisin, à alimenter comme il peut ce pauvre reliquat de mer d'Aral qui survit péniblement. Notre train traverse les champs de coton puis la steppe immense alors qu'il essaie de IMG_8686rattraper vers l'ouest ce soleil qui s'en va. Bientôt, le paysage n'est qu'une vaste inconnue derrière un rideau noir. Nous mangeons, nous discutons, nous lisons, et nous dormons paisiblement, bercés par les doux cahotements réguliers du wagon.

La nuit se déroule paisiblement puis il nous reste une matinée à passer dans le train, à observer la steppe et les gares plus ou moins isolées, à s'indigner aussi de l'amoncellement de bouteilles et autres déchets le long de la voie ferrée en souvenir des nombreux voyageurs qui ont fait ce trajet avant nous sans aucun respect du milieu. Il est assez frappant de remarquer que les Ouzbeks maintiennent une relative propreté d'apparence dans leurs villes mais n'ont aucune notion des dangers environnementaux. Cette mosaïque de plastique le long des rails n'est qu'un début de l'illustration de cet héritage du gaspillage et du laisser-aller soviétiques dont le Karakalpakistan s'apprête à nous révéler les conséquences les plus dramatiques.

IMG_8690Nous atteignons Ourguentch, notre premier terminus. Premier terminus car il nous faut trouver tout de suite un moyen de partir pour Noukous. Nous cherchons en vain un bus faisant la liaison et rencontrons nos premiers obstacles. Surtout, nous prenons conscience que nous sommes des dollars ambulants, que tout "taxi" veut appâter pour en tirer profit. Comment savoir, dans ces conditions, si l'absence de bus est réelle ou s'il s'agit seulement d'une tactique pour nous imposer un trajet en taxi ? Comment savoir, aussi, quel est le prix raisonnable des trajets ? Vaste casse-tête qui va nous trotter dans la tête durant tout notre périple... Toujours est-il qu'il nous faut quitter Ourguentch (ville-étape sans intérêt) et le seul moyen semble être de faire jouer la concurrence, d'autant qu'un vieil homme sans véhicule, à l'attitude simple et à l'air loyal, nous montre son petit carnet où est inscrite une liste de tarifs normaux pour divers trajets. Comparés aux chiffres astronomiques que de premiers arnaqueurs nous avaient proposé (jusqu'à 100$ !), cet homme nous semble honnête. Armés de cet indicateur, nous engageons notre première négociation. Les hommes s'agglutinent et soudain tout s'échauffe: un homme ne semble pas apprécier le tarif trop bas qu'un autre a proposé pour gagner le droit de nous conduire à Noukous et les deux hommes s'engagent dans une réelle partie de boxe ! Annette essaie de s'interposer et nous craignons de la voir s'effondrer sous le coup de poing rageur d'un des deux Ouzbeks excédés. Dans cette cacophonie, nous finissons par trouver un chauffeur pour 35 000 soums, laissant derrière nous la joute se poursuivre verbalement (imaginons les noms d'oiseaux ouzbeks qui se propagent alors dans les airs...) et gardant avec nous une Annette réjouie d'avoir provoqué indirectement « notre première bagarre » !

IMG_8733Arrivés à destination, nous posons nos sacs à Noukous, capitale de la république autonome du Karakalpakistan. Un ancien professeur (ouzbek) de l'école française de Tachkent, aujourd'hui reconverti dans le tourisme, nous avaient donnés quelques indices et contacts pour notre voyage. Pour cette première étape, nous devions retrouver devant le musée un certain Tazabay qui nous trouverait une solution de logement. Nous attendons, vainement. Devant nous, une immense esplanade, vide, désolée, agrémentée de bassins sans eau et de végétation jaunâtre. Sur notre gauche, dans une atmosphère tout aussi morte, une sorte de parc d'attraction qui se limite à des cabanes métalliques et une grande roue. Derrière nous, le musée Savistsky, imposant bâtiment aux charmes soviétiques. Nous avons de la chance car, le samedi, la vie semble s'animer de temps à autre. Nous voyons en effet un ballet de mariages défiler les uns après les autres pour une séance photo-vidéo dans ce qui semble le lieu le plus intéressant de la capitale karkalpak. Ils sont même chanceux aujourd'hui car ils vont pouvoir poser à côté des touristes désœuvrés que nous sommes ! IMG_8734Nous voilà donc devenus l'attraction de Karakalpaks enthousiasmés par notre présence. Alors que je n'ai encore pris que peu de photos, c'est nous qui sommes le sujet favori des photographes locaux ! Mieux encore, j'aperçois du coin de l'œil un policier, qui vient de prendre son tour de garde à l'entrée du musée fermé, nous filmer avec son téléphone portable. Je tourne la tête vers lui et, pris la main dans le sac, pivote brusquement sur la gauche pour me faire croire qu'il filme les mariés sur l'esplanade ! Amusante inversion des rôles...

La lumière du jour faiblit et nous sommes frigorifiés à force de patienter pour rien, immobiles dans ce froid inattendu. Nous décidons de partir nous-mêmes à la recherche d'une chambre pour la nuit. Le petit hôtel voisin est censé être complet, mais peut-être ont-ils d'autres pistes ? Plus qu'une autre adresse, c'est une alternative de dépannage qu'ils nous proposent : une chambre est disponible dans la maison-musée qui jouxte l'hôtel. Nous sommes ravis par cette solution économique (c'est moins cher qu'une chambre de l'hôtel) et plus pittoresque. Près de 24 heures après avoir quitté Tachkent, nous nous approchons du bout du monde. Un bout du monde parmi d'autres sans doute, mais quel bout du monde : le Karakalpakistan déserté. Déserté par sa mer qui s'est retiré inexorablement. Déserté par ses propres habitants qui fuient de plus en plus la misère économique et sanitaire. Déserté par les Occidentaux qui se font rares pour visiter le coin. Et pourtant nous sommes là. Bien loin de le regretter...

Posté par jraf3615 à 08:03 - Karakalpakistan - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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06 novembre 2008

PLEIN LES YEUX... MAIS PATIENCE !

Cela fait déjà plus d'une semaine que nous sommes revenus de notre périple à travers l'Ouzbékistan mais je n'ai pas encore eu assez de répit pour vous faire part de toutes les merveilles que nous avons vues et vécues. Il fallait quand même que je prenne un minimum de temps pour vous demander de patienter encore un peu! En outre, Aurélie repart demain pour une semaine en stage de formation... à Koweit! Et comme elle embarque l'ordi avec elle, ça ne fera que retarder d'autant ma possibilité de raconter nos aventures. Je vous promets de réfléchir au brouillon aux futurs textes que je m'empresserai de mettre en ligne dès son retour. Sans parler, évidemment, des nombreuses photos que j'ai prises durant le voyage: plus d'un demi-millier qu'il faut que je trie et sélectionne.

Bref, plein les yeux en perspective mais malheureusement pas pour tout de suite! Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici tout de même une petite liste des lieux que nous avons visités: Noukous, Moynak, des "citadelles du désert" (Chilpak-Kala, Kizil-Kala et Toprak-Kala), Khiva, Boukhara, Nourata, Sentob. Et en guise d'avant goût, l'une des rares photos où nous apparaissons tous les deux, sur les remparts de Khiva.

                        A très vite......

Après réflexion, je me suis décidé à faire une première sélection de photos dans des albums à compléter plus tard...

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Posté par jraf3615 à 15:39 - En vrac! - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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