Quittons Noukous pour Khiva. Saisissons cette occasion pour faire quelques haltes dans cette étendue aride. Quelques sauts dans le temps avec d'autres fantômes, bien plus anciens que les pêcheurs de la mer d'Aral. D'autres lieux qui attestent de la grandeur passée de cette Asie centrale aujourd'hui (trop) délaissée - noIMG_9325tamment ce pays des Karakalpaks. Ces vestiges d'un autre temps, c'est la quinzaine de "citadelles du désert" éparpillées dans le Khorezm antique.

Ce terme générique n'est toutefois pas très correct pour notre première visite : Chilpak (ou Chil'pyk). Au loin, se détache une forme qui rappelle étrangement les structures géologiques de Monument Valley ou, pour les cinéphiles, l'une des images les plus mythiques de Recontres du troisième type. IMG_9331Notre taxi quitte la route principale et s'enfonce en direction de la forme, empruntant un sentier à peine visible sur la terre poussiéreuse, slalomant entre les arbustes et plantes xérophiles. Au pied de la forme, il se dégage une atmosphère curieuse. Peut-être, une fois de plus, ce silence environnant, ce désert autour.

Chilpak est une ancienne "tour du silence" zoroastrienne (donc pas une citadelle), datant du début de notre ère. Il s'agit en fait d'un simple mur de terre décrivant un cercle au sommet d'une colline. Simple mur, certes, mais tout de même imposant, avec une hauteur maximale de 15 mètres. D'autant plus imposant qu'il domine une vaste plaine où les quelques collines ne lui font qu'une pâle concurrence. Nous grimpons et pénétrons dans ce temple par une étroite ouverture. IMG_9364Au centre du cercle, les fidèles de Zarathoustra laissaient leurs morts en pâture aux oiseaux charognards, puis récupéraient les restes osseux et les enterraient dans d'autres collines alentour.

Savoir ce qui se passait en ce lieu peut donc glacer le sang... Mais la vue d'ici est magnifique ! Avec leurs vestiges, les Zoroastriens nous permettent d'embrasser ce vaste paysage et d'avoir un autre aperçu de la situation écologique et économique de la région, avec, ce sel qui ronge la terre, ces arbres et ces champs qui ne peuvent s'éloigner guère du fleuve, et ces petites fermes archaïques ça et là. Encore une fois, la beauté des lieux nous rappellent aussi la rudesse des conditions locales. Mais nous ne pouvons nous empêcher de nous enthousiasmer devant cette palette automnale qui borde l'Amou-Daria, et de profiter de cette sensation de doux vertige depuis le haut de ces murs.

IMG_9401Après avoir repris la route, nous voici devant une autre citadelle du désert (une vraie cette fois), qui semble abandonnée au milieu des champs, tout près d'un village reculé. Kzil-Kala a l'allure d'un vieux fort en pisé, massif, d'une quinzaine de mètres de haut. De l'intérieur, il est clair que Kzil-Kala bénéficie de la sécheresse environnante car les sillons dans la terre attestent du danger que constituent les pluies pour la survie de cette forteresse. Les murs sont faits de briques non cuites qui ne résisteront pas des millénaires sans restauration. C'est déjà presque un miracle qu'ils aient autant survécu depuis les dernières reconstructions du fort à l'époque des invasions mongoles il y a déjà plus de 7 siècles - sans parler des conséquences des invasions elles-mêmes qui auraient pu conduire à son anéantissement total.

IMG_9451De l'autre côté du même village, s'étend l'un des plus beaux joyaux de cet ensemble de sites archéologiques khorezmiens : Toprak-Kala. De loin, l'aspect n'est pourtant pas aussi prometteur que Kzil-Kala ou Chilpak mais c'est ce qui rendra sa découverte d'autant plus impressionnante. Nous ne voyons d'abord qu'un long mur et une structure affaissée puis, après être entré par l'ouverture principale, une architecture IMG_9469rectangulaire, certes imposante mais toujours pas assez époustouflante par rapport à ce que nous pouvons attendre de Toprak-Kala si nous en croyons les guides. C'est en fait un vaste trompe-l'oeil puisqu'il suffit de continuer l'exploration, en s'engoufrant dans les ouvertures par exemple, pour se retrouver d'un seul coup au sommet d'un complexe immense et surprenant. Le grand rectangle par lequel on arrive ne constitue qu'une partie du palais, lui-même n'étant qu'une infime partie de l'ensemble de la forteresse que des remparts délimitent IMG_9478encore. Seul le palais subsiste puisque le reste des habitations a été réduit à l'état de morne plaine. Mais quel palais ! Un petit labirynthe de salle et de couloirs, aujourd'hui pour la plupart sans toit, et quelques rectangles plus vastes à l'emplacement d'une tour, d'un temple ou encore de la chambre royale. En quelques endroits, des cercles attestent la présence d'ornements... aujourd'hui transférés dans des musées russes ! PIC_0080En repartant, nous prenons aussi conscience que certains vestiges du village extérieur aux remparts et du système de canalisation restent encore visibles, non loin de là où nous étions rentrés. Notre regard évolue à la lumière de ce que nous avons admiré.

Nous reprenons la route, les yeux plein d'histoire malgré la maigreur des informations dont nous disposions pour appréhender ces vestiges. En route pour Khiva...

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Petite précision : ma batterie m'a lâché au mauvais moment... d'où la qualité relativement médiocre de la plupart des photos de Toprak-Kala, prises avec le petit camescope d'Aurélie.