49_Le_retour_du_tifoLes sports de combat sont sans doute les sports dans lesquels les sportifs ouzbeks réussissent le plus à haut niveau: 4 de leurs 6 médailles aux JO de Pékin ont été obtenues par des lutteurs ou judokas, il existe même une forme de lutte traditionnelle originaire du pays (le kourach) et on pourrait presque inclure aussi les bouzkachis (une sorte de polo rudimentaire avec carcasse de mouton ou de veau!) dans les sports de combat... Mais l'un des sports les plus populaires dans le pays est d'une originalité très ouzbèke: le football ! Il faut dire que le pays est le 6ème meilleur pays d'Asie au classement de la FIFA, soit une 72ème place mondiale actuelle (sur 207 équipes), c'est dire le niveau !

29_fans_ouzbeksToujours est-il que l'équipe nationale, grâce à des résultats prometteurs les années précédentes, pouvait prétendre à jouer les trouble-fête dans leur groupe de qualification pour la Coupe du monde de 2010 (qui se déroulera en Afrique du Sud), malgré la présence de deux poids lourds de la zone : le Japon... et l'Australie, dont la présence en Asie est bien plus contestable que celle de la Turquie en Europe mais il va falloir s'y faire, la FIFA en a décidé ainsi. Mais c'était sans compter sur les équipes du Qatar et du Bahreïn, ces puissances footballistiques qui feraient à peine trembler un club de Ligue 2 française...

Un mercredi après-midi de février, 37_Supporters_ouzb_ko_fran_aisTachkent accueille justement le Bahreïn  pour l'un de ces matches à grand enjeu, l'un de ces moments forts de l'histoire du sport. Évidemment, évènement exceptionnel oblige, il faut se permettre un sacrifice financier pour s'offrir le privilège de vivre cela dans le stade : entre 2500 et 3500 soums (ce qui, je le rappelle pour ceux qui n'ont pas le taux de change en tête, vaut entre 1,25 et 1,75 euros). Autant dire qu'avec ce tarif exorbitant, le stade n'est pas tout à fait plein ! Il n'en faut donc pas moins pour permettre à cinq Français de se noyer dans la foule, approchant sans doute le nombre faramineux des supporters bahreïnis qui ont fait le déplacement.7_hooligans

L'arrivée au stade Pakhtakor fait parti du spectacle tant c'est fabuleux de voir tous ces Ouzbeks réunis, avec cette attention toute particulière dans le costume : ici, les couleurs nationales sont celles que l'on porte tous les jours, le noir et le marron avant tout, pas trop de folies dans les couleurs ! T5_Les_baray_en_guise_de_trompettesrès pratique, on imagine, pour retrouver quelqu'un dans la foule - il suffit d'indiquer qu'on est habillé pareil que les autres et on est sûr de profiter du match sans ses amis... Ceci dit, il y a bien quelques "ultras", quelques originaux avec des drapeaux, des écharpes et des bandeaux sur la tête, et même deux instruments de musique en guise de cornes de brume. Et puis il y a ces supporters étranges : des hommes en tenues vertes et képis, avec des matraques et des chiens. Des supporters étranges mais très nombreux !8_La_caisse

Après avoir acheté nos billets dans un guichet en forme de boule de Noël bleue, on se dirige vers les grilles, nos précieux sésames à la main. On y trouve un amas d'une cinquantaine de spectateurs ouzbeks se bousculant et criant (il faut préciser que les Ouzbeks savent encore moins respecter les files d'attente que les Français...),2_Des_supporters_hauts_en_couleur  spectateurs que les supporters à képi font passer au compte-goutte. Pas le choix: obligés de passer par cette marée humaine et tumultueuse et de se faire compresser. On essaie sur la gauche. Un chien passe près de nous, l'air excité mais une muselière au museau. La grille s'entrouvre, les spectateurs s'engouffrent tels un torrent entre deux rochers serrés : on risque l'inondation ! Les supporters en képi ne trouvent alors rien de mieux à faire que de braquer leurs matraques au-dessus de leurs têtes au lieu d'ouvrir la grille en grand. Fort 9_Le_stade_est_d_caiss_heureusement, les matraques sont du côté droit, on a bien fait de passer sur la gauche. La grille se referme, ça gueule de partout (y compris chez les supporters à képi), puis la grille s'entrouve à nouveau et c'est le même scénario. Les supporters à képi qui se trouvent près de nous semblent quand même comprendre qu'on n'est pas du coin et on franchit enfin la grille sans trop d'encombres, grille qui se referme derrière nous évidemment ! Tout semble plus calme de l'autre côté et on se relâche. Je suis donc vulnérable pour cet autre chien excité mais sans muselière, qui me saute dessus et me mord le bras. Je n'ai pas le temps d'avoir peur que l'incident est déjà clos : le supporter à képi a tiré sur la laisse et tourne la tête comme si de rien n'était,51Le_public_a_la_mi_temps je regarde mon bras et vois du sang sur mon blouson mais ce n'est pas le mien (celui d'un autre spectateur qui n'avait pas la chance d'avoir un gros blouson?). Mon bras est douloureux mais le blouson est intact donc rien de grave. Quatre jours après le cheval qui a renversé Aurélie, les animaux continuent de s'acharner sur nous...

17_des_flics_partoutEnfin, voilà le stade Pakhtakor ("ramasseur de coton" en ouzbek), celui d'un des principaux clubs du pays. Pas d'architecture imposante puisqu'il est creusé dans le sol (peut-être une technique antisismique?). On y entre donc par le haut. Les supporters à képi sont encore plus nombreux qu'à l'extérieur, postés aux premiers et derniers rangs ainsi que dans les escaliers. Des lignes de vert foncé se dessinent ainsi, discrètement, dans la masse sombre des gradins. Le stade est plutôt calme, hormis un pan de tribune où est réuni l'essentiel des spectateurs à drapeaux et écharpes, d'où finit par partir une ola. 32_Vendeuse_de_pop_cornLes femmes sont rares : à part la vendeuses de pop-corn, on n'en aperçoit que trois parmi les spectateurs, cinq si on compte Aurélie et Frédérique.

22_hymnes_nationauxAprès les hymnes nationaux, le match peut enfin commencer. Les locaux sont en blanc, les visiteurs en rouge. Le niveau global est brouillon et la première mi-temps est relativement ennuyeuse, à part la bonne humeur que provoque la vision des joueurs qui tentent des prouesses qu'ils ne maîtrisent pas ! La deuxième mi-temps est un peu plus mouvementée. Les rouges s'approchent très rarement des cages ouzbèkes mais les blancs ont plus d'occasions. Pourtant, les joueurs ouzbeks ratent l'immanquable à de nombreuses reprises. 54_Chaud_le_corner_ouzbekOn s'achemine progressivement vers un décevant score vierge quand survient la catastrophe : un coup franc bahreïni bien placé donne la victoire au petit royaume du Golfe dans la dernière minute des arrêts de jeu. On craint les débordements malgré la présence des supporters à képi mais tout reste calme (juste un petit fumigène près de la tribune des "ultras").63_Bahrein_se_f_licite_a_la_fin_du_match De nombreux supporters prennent même le destin de leur équipe avec le sourire, se contentant de manifester leur déception en réduisant leurs billets à l'état de confettis, ce qui donne paradoxalement une vague et furtive ambiance de fête à cette fin de match. La sortie du stade se passe sans encombre (de nombreux spectateurs sont déjà partis durant les dix dernières minutes du match!).  Pas de chien sans muselière à l'horizon, grilles ouvertes entièrement, supporters très calmes (abattus?). L'Ouzbékistan peut dire adieu à l'Afrique du Sud après cette troisième défaite en quatre matches dans leur groupe...62_But_de_derni_re_minute

Ce n'est que plus tard que je prends connaissance du risque réel d'émeute qu'il y avait pendant ce match (et peut-être la raison du nombre démesuré des supporters à képi).  L'Ouzbékistan avait déjà perdu contre le Bahreïn lors des premiers quarts de finale de son histoire en Coupe d'Asie des nations en 2004 et, surtout, lors des qualifications pour la Coupe du monde 2006, qui avaient provoqué quelques débordements. Le Bahreïn avait en effet empêché l'Ouzbékistan d'atteindre le match de barrage, à la suite d'une rencontre que l'Ouzbékistan avait gagnée mais qui avait été injustement rejouée pour cause de problèmes d'arbitrage. Le Bahreïn serait-il maudit pour l'Ouzbékistan ?