10 mois ont passes en Ouzbékistan sans que nous quittions cet étrange pays - ou plutôt sans que nous rejoignions la France puisqu'en étant honnêtes, nous sommes bien obliges de décompter nos presque 3 semaines de voyage en Inde.

10 mois et nos 2 anniversaires sont passes. Le mien fut "fête" dans un des nombreux trous perdus ouzbeks (du moins un trou perdu pour des yeux de Français), Boysun, "village" des montagnes du sud-est, dans une région coincée entre l'Afghanistan, le Turkménistan et le Tadjikistan. Quand je dis "village" c'est que les Ouzbeks le voient comme tel. Il y a peu de ville au sens ouzbek du terme. L'étalement et la population ne semblent pas des critères d'urbanité dans ce pays. Bref, ce fut donc a Boysun que j'ai passe le cap de mes 29 ans - dernière ligne droite avant la trentaine. Boysun ou nous logions dans un hôtel qui n'avait d'hôtel que le nom : quand notre taxi nous avait dépose, on se demandait si l'hôtel était cache derrière ce bâtiment en travaux, mais non le bâtiment en travaux était bien l'hôtel, dont le responsable nous a montre la salle de bains-WC hors-service au bout du couloir, sans doute pour nous dire de ne pas l'utiliser (pour aller au petit coin il fallait aller au-delà du petit terrain vague derrière l'hôtel). Sans parler, évidemment, de la kitschitude quasi glauquissime de la chambre.

2 mois et 3 jours plus tard, c'était au tour d'Aurélie de vivre un anniversaire mémorable en Ouzbékistan. Ce qu'il y avait de mémorable, déjà, c'est qu'on n'avait pas prévu d'être encore en Ouzbékistan a cette date-la ! Mais les multiples complications s'étaient accumulées et nous avaient fait revoir et re-revoir (et re-re-revoir) nos projets de voyage de retour vers la France. Attentat a la frontière kirghize envers un poste de police ouzbek (du moins c'est la version officielle), hausse du visa kirghize pour cause d'élections locales (donc pas envie de voir trop d'étrangers fouiller le pays a cette période), événements en Iran (pour lequel nous avions quand même obtenu un visa de transit juste avant les élections), dossier de demande de visa perdu par l'ambassade de Turkménistan, irrégularité (et incertitudes) des liens Kazakhstan-Azerbaïdjan via la mer Caspienne... Bref, tout le monde était parti vers d'autres cieux sauf nous, plantes a Tachkent, dans un ennui grandissant et ne sachant que faire. Et comme si un tel anniversaire n'était pas assez mémorable, Aurélie a eu la bonne idée de ne pas voir un trou dans la route (on en avait pourtant pris l'habitude dans ce pays) et de se tordre la cheville droite et s'érafler méchamment le genou gauche. Très pratique avant de commencer un voyage !

Finalement on s'était résolu a accepte ce qu'on voulait éviter : prendre un avion. Le 3 juillet donc, énième passage par l'aéroport de Tachkent pour s'envoler vers l'Azerbaïdjan. Quelques heures plus tard nous atterrissions donc a Bakou, sans savoir vraiment ce qu'on allait y voir. On s'imaginait alors une ville marquée par le soviétisme, une cite empreinte de saleté industialo-pétrolière, et un lieu plutôt marque par l'Orient, avec son lot de pauvreté apparente. Surprise, c'était plutôt l'inverse : une ville étonnamment moderne, avec un cœur historique charmant et une atmosphère européenne inattendue. Mais pas le temps de trop s'attendrir pour ce pays puisque notre visa de transit ne nous accordait que 5 jours pour le traverser. Un petit saut dans les montagnes, pour se reposer a Zaqatala, et hop c'était déjà un autre pays et d'autres impressions.

La Géorgie nous a plutôt fait l'effet inverse cote surprise. Certes, l'impression de revenir de plus en plus en Europe était aussi présente qu'en Azerbaïdjan, mais l'impression de pauvreté - ou du moins d'écarts de richesse et de grand chemin a faire pour la modernisation - nous a apparu plus flagrante que dans le pays voisin. Il faut dire que la Géorgie ne bénéficie ni de la manne pétrolière ni de rapports amicaux avec le grand voisin russe. Malgré les charmes de ce pays, il faut avouer qu'on est partiellement reste sur notre faim. Mais c'est prometteur, l'avenir s'annonce plus intéressant pour le pays et pour ceux qui le visiteront... car il fut plutôt frustrant de prendre autant de photos avec des échafaudages !

Enfin (du moins pour l'instant), nous voila les deux pieds en Turquie, ce pays que certains (beaucoup) refusent encore d'admettre dans l'Europe. Et pourtant, quand on revient d'un an en Asie centrale, c'est flagrant : même si ce sont les confins de l'Europe, ces limites floues dont les définitions varient, on y est bel et bien ! L'histoire riche et cosmopolite de ce pays nous en déjà mis plein les yeux, avec ses mosquées, ses églises byzantines et autres tombeaux royaux d'antiques royaumes. Peut-être sommes-nous en ce moment a l'apogée de notre voyage : l'inénarrable Cappadoce. Des paysages a couper le souffles contre lesquels les mots ne peuvent pas grand chose. Une adéquation - que dis-je... une harmonie parfaite entre les bienfaits de Dame Nature et ce que l'homme peut construire de plus fascinant. Déambuler dans les vallées est une activité dont on aimerait qu'elle ne se termine jamais ici. Les yeux ne savent plus ou donner de la pupille, entre les curiosités géologiques et l'ubiquité troglodytique dont on aimerait explorer tous les recoins comme un enfant dans un labyrinthe... C'en est presque indécent de voir autant de beauté concentrée en une seule petite région !

Ce soir, nous prenons un bus de nuit pour Pamukkale et ses vasques blanches naturelles. Puis ce sera probablement Éphèse et ses impressionnantes ruines grecques, Pergame, Istanbul, les criques de la mer Egee... Et des sauts de puces - a pas de geants - a travers la Grèce et l'Italie pour rejoindre (enfin) notre bonne et vieille France. A bientot !