Who's bek ? - deux Français en Ouzbékistan

Quand un couple de Français décide de passer une année de leur vie en Ouzbékistan, ça ne peut qu'engendrer récits, anecdotes, impressions et coups de cœur en tout genre... Et encore plus si on y ajoute leurs voyages en Inde effectués depuis Tachkent !

23 mai 2009

LE JEU DES DIFFÉRENCES

En attendant les prochains textes (deux sont en préparation - un sur l'Inde, un sur l'Ouzbékistan), je vous propose de patienter avec un petit jeu des différences puisque notre ascenseur a subi quelques... comment qualifier ça? Même le mot "retouches" serait exagéré... Je vous laisse donc admirer et constater par vous-mêmes l'ampleur des rénovations (je précise quand même que l'ancienne version est celle proposée en premier).

(à propos j'en profite pour souligner - juste au cas où - qu'il est possible d'agrandir les photos présentes dans les textes en y cliquant dessus...)

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21 février 2009

L'AFRIQUE DU SUD S'ÉLOIGNE DE L'OUZBÉKISTAN !

49_Le_retour_du_tifoLes sports de combat sont sans doute les sports dans lesquels les sportifs ouzbeks réussissent le plus à haut niveau: 4 de leurs 6 médailles aux JO de Pékin ont été obtenues par des lutteurs ou judokas, il existe même une forme de lutte traditionnelle originaire du pays (le kourach) et on pourrait presque inclure aussi les bouzkachis (une sorte de polo rudimentaire avec carcasse de mouton ou de veau!) dans les sports de combat... Mais l'un des sports les plus populaires dans le pays est d'une originalité très ouzbèke: le football ! Il faut dire que le pays est le 6ème meilleur pays d'Asie au classement de la FIFA, soit une 72ème place mondiale actuelle (sur 207 équipes), c'est dire le niveau !

29_fans_ouzbeksToujours est-il que l'équipe nationale, grâce à des résultats prometteurs les années précédentes, pouvait prétendre à jouer les trouble-fête dans leur groupe de qualification pour la Coupe du monde de 2010 (qui se déroulera en Afrique du Sud), malgré la présence de deux poids lourds de la zone : le Japon... et l'Australie, dont la présence en Asie est bien plus contestable que celle de la Turquie en Europe mais il va falloir s'y faire, la FIFA en a décidé ainsi. Mais c'était sans compter sur les équipes du Qatar et du Bahreïn, ces puissances footballistiques qui feraient à peine trembler un club de Ligue 2 française...

Un mercredi après-midi de février, 37_Supporters_ouzb_ko_fran_aisTachkent accueille justement le Bahreïn  pour l'un de ces matches à grand enjeu, l'un de ces moments forts de l'histoire du sport. Évidemment, évènement exceptionnel oblige, il faut se permettre un sacrifice financier pour s'offrir le privilège de vivre cela dans le stade : entre 2500 et 3500 soums (ce qui, je le rappelle pour ceux qui n'ont pas le taux de change en tête, vaut entre 1,25 et 1,75 euros). Autant dire qu'avec ce tarif exorbitant, le stade n'est pas tout à fait plein ! Il n'en faut donc pas moins pour permettre à cinq Français de se noyer dans la foule, approchant sans doute le nombre faramineux des supporters bahreïnis qui ont fait le déplacement.7_hooligans

L'arrivée au stade Pakhtakor fait parti du spectacle tant c'est fabuleux de voir tous ces Ouzbeks réunis, avec cette attention toute particulière dans le costume : ici, les couleurs nationales sont celles que l'on porte tous les jours, le noir et le marron avant tout, pas trop de folies dans les couleurs ! T5_Les_baray_en_guise_de_trompettesrès pratique, on imagine, pour retrouver quelqu'un dans la foule - il suffit d'indiquer qu'on est habillé pareil que les autres et on est sûr de profiter du match sans ses amis... Ceci dit, il y a bien quelques "ultras", quelques originaux avec des drapeaux, des écharpes et des bandeaux sur la tête, et même deux instruments de musique en guise de cornes de brume. Et puis il y a ces supporters étranges : des hommes en tenues vertes et képis, avec des matraques et des chiens. Des supporters étranges mais très nombreux !8_La_caisse

Après avoir acheté nos billets dans un guichet en forme de boule de Noël bleue, on se dirige vers les grilles, nos précieux sésames à la main. On y trouve un amas d'une cinquantaine de spectateurs ouzbeks se bousculant et criant (il faut préciser que les Ouzbeks savent encore moins respecter les files d'attente que les Français...),2_Des_supporters_hauts_en_couleur  spectateurs que les supporters à képi font passer au compte-goutte. Pas le choix: obligés de passer par cette marée humaine et tumultueuse et de se faire compresser. On essaie sur la gauche. Un chien passe près de nous, l'air excité mais une muselière au museau. La grille s'entrouvre, les spectateurs s'engouffrent tels un torrent entre deux rochers serrés : on risque l'inondation ! Les supporters en képi ne trouvent alors rien de mieux à faire que de braquer leurs matraques au-dessus de leurs têtes au lieu d'ouvrir la grille en grand. Fort 9_Le_stade_est_d_caiss_heureusement, les matraques sont du côté droit, on a bien fait de passer sur la gauche. La grille se referme, ça gueule de partout (y compris chez les supporters à képi), puis la grille s'entrouve à nouveau et c'est le même scénario. Les supporters à képi qui se trouvent près de nous semblent quand même comprendre qu'on n'est pas du coin et on franchit enfin la grille sans trop d'encombres, grille qui se referme derrière nous évidemment ! Tout semble plus calme de l'autre côté et on se relâche. Je suis donc vulnérable pour cet autre chien excité mais sans muselière, qui me saute dessus et me mord le bras. Je n'ai pas le temps d'avoir peur que l'incident est déjà clos : le supporter à képi a tiré sur la laisse et tourne la tête comme si de rien n'était,51Le_public_a_la_mi_temps je regarde mon bras et vois du sang sur mon blouson mais ce n'est pas le mien (celui d'un autre spectateur qui n'avait pas la chance d'avoir un gros blouson?). Mon bras est douloureux mais le blouson est intact donc rien de grave. Quatre jours après le cheval qui a renversé Aurélie, les animaux continuent de s'acharner sur nous...

17_des_flics_partoutEnfin, voilà le stade Pakhtakor ("ramasseur de coton" en ouzbek), celui d'un des principaux clubs du pays. Pas d'architecture imposante puisqu'il est creusé dans le sol (peut-être une technique antisismique?). On y entre donc par le haut. Les supporters à képi sont encore plus nombreux qu'à l'extérieur, postés aux premiers et derniers rangs ainsi que dans les escaliers. Des lignes de vert foncé se dessinent ainsi, discrètement, dans la masse sombre des gradins. Le stade est plutôt calme, hormis un pan de tribune où est réuni l'essentiel des spectateurs à drapeaux et écharpes, d'où finit par partir une ola. 32_Vendeuse_de_pop_cornLes femmes sont rares : à part la vendeuses de pop-corn, on n'en aperçoit que trois parmi les spectateurs, cinq si on compte Aurélie et Frédérique.

22_hymnes_nationauxAprès les hymnes nationaux, le match peut enfin commencer. Les locaux sont en blanc, les visiteurs en rouge. Le niveau global est brouillon et la première mi-temps est relativement ennuyeuse, à part la bonne humeur que provoque la vision des joueurs qui tentent des prouesses qu'ils ne maîtrisent pas ! La deuxième mi-temps est un peu plus mouvementée. Les rouges s'approchent très rarement des cages ouzbèkes mais les blancs ont plus d'occasions. Pourtant, les joueurs ouzbeks ratent l'immanquable à de nombreuses reprises. 54_Chaud_le_corner_ouzbekOn s'achemine progressivement vers un décevant score vierge quand survient la catastrophe : un coup franc bahreïni bien placé donne la victoire au petit royaume du Golfe dans la dernière minute des arrêts de jeu. On craint les débordements malgré la présence des supporters à képi mais tout reste calme (juste un petit fumigène près de la tribune des "ultras").63_Bahrein_se_f_licite_a_la_fin_du_match De nombreux supporters prennent même le destin de leur équipe avec le sourire, se contentant de manifester leur déception en réduisant leurs billets à l'état de confettis, ce qui donne paradoxalement une vague et furtive ambiance de fête à cette fin de match. La sortie du stade se passe sans encombre (de nombreux spectateurs sont déjà partis durant les dix dernières minutes du match!).  Pas de chien sans muselière à l'horizon, grilles ouvertes entièrement, supporters très calmes (abattus?). L'Ouzbékistan peut dire adieu à l'Afrique du Sud après cette troisième défaite en quatre matches dans leur groupe...62_But_de_derni_re_minute

Ce n'est que plus tard que je prends connaissance du risque réel d'émeute qu'il y avait pendant ce match (et peut-être la raison du nombre démesuré des supporters à képi).  L'Ouzbékistan avait déjà perdu contre le Bahreïn lors des premiers quarts de finale de son histoire en Coupe d'Asie des nations en 2004 et, surtout, lors des qualifications pour la Coupe du monde 2006, qui avaient provoqué quelques débordements. Le Bahreïn avait en effet empêché l'Ouzbékistan d'atteindre le match de barrage, à la suite d'une rencontre que l'Ouzbékistan avait gagnée mais qui avait été injustement rejouée pour cause de problèmes d'arbitrage. Le Bahreïn serait-il maudit pour l'Ouzbékistan ?

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21 décembre 2008

NOËL À TACHKENT

IMG_1691Ca y est, Noël approche ! Depuis hier nous sommes en vacances et ce soir nous serons dans l'avion, direction Delhi puis Madras (appelée Chennai depuis 1996 mais tout le monde ne s'y fait pas!) et Pondichéry. Les fêtes de fin d'année se passeront donc en Inde pour nous. Mais avant ça, un petit mot sur les festivités à Tachkent.

Même si les communautés russe (en majorité orthodoxe) et étrangère (en partie occidentale ou occidentalisée) sont relativement importantes dans la capitale, il est étonnant de voir autant de décorations de Noël, que ce soit dans le centre de la ville ou sur les stands IMG_1694des bazars qui vendent des guirlandes et des boules. En fait, Noël semble avoir un attrait important même pour les Ouzbeks, généralement musulmans. Peut-être est-ce à cause de tout ce brillant et de toutes ces couleurs que cette fête peut apporter ? Ou est-ce une façon symbolique de s'approcher de l'Occident avec cette fête somme toute très laïcisée de nos jours ? IMG_1696 Toujours est-il que la frénésie est là - évidemment pas autant qu'en France mais quand même. Dans la galerie marchande de Mir, on n'avait encore jamais vu autant d'effervescence, avec des distributions de prospectus (des pubs ? des promos ?) de la part d'une jeune fille affublée d'un chapeau de Noël, d'une autre jeune fille en tenue de Miss Noël (comprenez mini-jupe sexy et grandes bottes) ou encore d'un lapin bleu (au moins, cette personne cachait son ridicule derrière son costume). Le mieux, c'est sur la place Mustakillik, où ont IMG_1701été installés un immense sapin, de multiples décorations, des stands de friandises et de merdouilles en tout genre, des jeux pour enfants, etc. IMG_1709C'est là qu'on se rend compte qu'un minimum de choses peut égayer les Ouzbeks. C'en est presque émouvant de les voir si heureux et enthousiastes. Non pas qu'ils sont forcément malheureux le reste du temps mais on prend conscience - et peut-être eux-mêmes - qu'il manque quand même quelque chose dans leur vie pour qu'elle soit plus épanouie, un peu d'animation peut-être, un peu de fantaisie sûrement, un peu de modernité qui sait ?

IMG_1446Du coup, on s'est acheté un petit sapin en plastique (pour quelques milliers de soums), histoire de marquer le coup dans notre appartement. L'école aussi a marqué le coup en organisant, par la volonté des parents essentiellement, une petite fête avec spectacle des enfants (chants, théâtre...) et animation de Noël à la russe. En quoi consiste une animation de Noël à la russe, me direz-vous ? Deux personnes déguisées en Spiderman et en Blanche-Neige arrivent au milieu des enfants, en parlant (ou plutôt criant) en russe sur fond de musique techno ou hip-hop ou je ne sais quelle autre musique hors sujet. Puis Spiderman IMG_1497s'en va et revient en Père Noël bleu (Coca n'ayant pas contaminé l'ex-URSS j'imagine...) puis c'est au tour de Blanche-Neige de se transformer successivement en petite-fille du père Noël à la jupe argentée et en danseuse du ventre à la tenue transparente indécente qui tendrait à faire plus plaisir aux papas qu'à leurs enfants. Bref, voir le père Noël bleu danser le rap avec les enfants a quelque chose de pathétique... mais ici ça a l'air de plaire. C'est peut-être ça l'essentiel !

En tout cas, la neige est au rendez-vous (plus tardivement que d'habitude, paraît-il). Tachkent prend une toute autre allure sous ce manteau blanc. Aussi léger soit-il pour l'instant, il semble éclipser un peu l'urbanisme soviétique en cachant certaines imperfections et grossièretés architecturales. Le froid aussi commence à tenir ses promesses, en attendant les grosses températures négatives de janvier. Mais l'actualité, pour nous, c'est le soleil et la mer du sud indien. Carpe diem, comme disait l'autre...

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17 octobre 2008

SEPTEMBRE BLEU, OCTOBRE CAPRICIEUX ?

Septembre fut bleu. Même si le mercure n’atteignait plus les moyennes de fin d’été, septembre resta bleu, aux alentours des 25°C. Octobre semble plus capricieux. Le 30 septembre au soir, la transition s’était amorcée sans prévenir. Nous étions habitués à ce beau temps perpétuel, oubliant nos traditions météorologiques franchouillardes : sans pull et sans longues manches, tel était notre devise ! Mais ce jour-là, patatra ! Alors qu’une réunion s’était éternisée avec l’inspecteur académique "local" (comprenez "responsable de la zone") en visite cette semaine-là depuis Dubaï, des cordes se sont mises à s’abattre sur Tachkent. Les plombs de l’école nous ont fait faux bond au même instant, nous plongeant dans un noir profond au moment de nous évader vers le « Bek », un restaurant apprécié notamment pour son agréable terrasse. Ce soir-là, ce fut donc un repli vers l’intérieur, dans une ambiance de douce apocalypse : les tables étaient regroupées d’un côté de la salle, pour éviter la cascade provenant du toit ! Une fuite dessinait en effet des auréoles sur le plafond blanc et versait de lourds filets d’eau directement dans le lustre puis sur le sol, comme pour imiter une fontaine de champagne. Les chants russes entonnés par nos voisins de table complétaient cette atmosphère digne qu’un film d’Andreï Tarkovski.

L’automne semble arriver depuis ce soir-là, petit à petit. Les chemins sont de plus en plus parsemés de feuilles mortes, que balayent indéfiniment les Ouzbeks avec leurs balais de paille. Un matin, un "temps de Parisien" nous a accueilli au réveil, avec ses nuages grisâtres et sa triste pluie. Les feuilles jaunes et orangées ont toutefois empêché les chemins d’être aussi boueux que ce qu’on appréhendait. Puis au fil de la journée, les nuages ont disparu et le ciel bleu a dominé à nouveau. Un scénario quasi similaire s'est répété durant toute la semaine, outre la pluie étonnamment absente malgré les matins plus frais et nuageux, nous laissant toujours perplexes dans le choix d'une tenue adéquate. Un soir de retrouvailles collectives sur la terrasse d’un autre restaurant, d’irrégulières bourrasques ont littéralement fait neiger des feuilles dans nos assiettes. Il y avait quelque chose de délicieusement poétique dans ce spectacle, très symbolique des évolutions météorologiques des dernières semaines. Les beaux jours n’ont toutefois pas disparu. Encore moins dans l’ouest du pays que nous nous apprêtons à explorer pour les vacances. Train dès ce soir, vers le ciel bleu du désert où octobre est probablement moins capricieux…

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07 octobre 2008

QUAND TACHKENT OSCILLE

Dimanche soir, nous étions tranquillement assis dans notre charmant salon (toujours aussi confortable). Aurélie naviguait sur Internet et je croupissais devant une série quelconque que diffusait l’une des rares chaînes françaises que nous captons. J’entendais soudain un couinement régulier, d’abord à moitié conscient de ce bruit, avant d’identifier sa provenance : les portes de notre appartement. Alors intrigué par cette répétition inhabituelle, je voyais Aurélie ouvrir de grands yeux affolés. Elle n’avait dit que deux mots (« ça bouge ») et je sentais moi aussi cette sensation étrange, totalement inédite : nous étions en train de vivre notre première expérience sismique ! Les murs se balançaient légèrement, les pseudo-diamants en toc de notre lustre kitsch tournoyaient et les couinements se faisaient plus présents, légèrement lugubres dans le silence ambiant, comme s’ils hésitaient à s’accélérer… Les personnages de ma série continuaient leur enquête, imperturbables, sans qu’aucun parasite ne vinsse brouiller la diffusion. Nous étions debout, perplexes, hésitant entre frayeur et fascination. Je tirais une chaise pour être prêt à nous glisser sous la table en cas de secousse plus forte, comme il est généralement recommandé de faire en cas d’incapacité à sortir rapidement – ce qui était évidemment notre cas au cinquième étage. Mais en une vingtaine de secondes, tout était terminé. Notre vertige durait un peu plus, comme si les vibrations prolongeaient un tourbillon dans nos cerveaux.

 

 

Le lendemain, nous apprenions que la terre avait tremblé au Kirghizistan voisin, à magnitude 6.6 sur l’échelle de Richter, et avait fait plus de 70 victimes. Les ondes avaient touché Tachkent deux heures plus tard, à magnitude 3, sans aucune conséquence autre que notre propre stupéfaction ! Rien de comparable avec le séisme de 1966, ni même avec celui du 22 août dernier. En parlant de la secousse à l’école, nous remarquions d’ailleurs que certains ne l’avaient même pas ressenti, surtout ceux qui habitaient au rez-de-chaussée. Les bâtiments post-66, tous antisismiques, avaient apparemment bien fait leur travail d’amortissement des ondes.

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APPEL À L'AÏD !

En 1966, Tachkent est ravagé par un séisme. Un seul quartier est relativement épargné par cette IMG_8277catastrophe, près du marché de Chorsu. Ses maisons de terre sont aujourd’hui comme une île de tradition au milieu d’un océan d’architecture moderne, comme un village anachronique qui détone dans la jungle urbaine. En son sein, madrasas et mosquées attirent les touristes mais peu semblent s’aventurer dans les ruelles pourtant pittoresques. C’est donc en explorateurs de notre nouvelle ville que nous les avons arpentées lors d’un de nos premiers week-ends, en compagnie de deux autres professeurs français, Marc et Nakissa.

Un petit canal avait attiré nos pas sur ses rives paisibles, où un Ouzbek lavait sa voiture sur un petit pont de IMG_8274bois, où des enfants jouaient, où quelques animaux passaient (canards, moutons… et rats), où une jeune fille balayait les feuilles sur le bitume poussiéreux, où un groupe de vieux Ouzbeks profitaient de la terrasse d’une chaikhana qui enjambait le canal… Les chaikhanas sont  des maisons de thé, où l’on peut passer des heures à se prélasser, discuter ou jouer. Et c’est justement le genre d’endroit que nous cherchions après une bonne heure de promenade – celle que nous avions croisée était désormais loin derrière nous. Alors que nous pensions en avoir débusqué une au coin d’une ruelle, nous nous installions dans une petite pièce, prêts à jouer aux dominos qui jonchaient la table basse face à nous. Vint alors un vieil homme, à l’air facétieux et sage à la fois, qui nous accueillit avec un large sourire et IMG_8284un enthousiaste flot de paroles, que seul Marc parvenait à comprendre partiellement, cernant alors le quiproquo : il s’agissait en fait d’une maison de quartier ! Amusés et confus, nous remerciions ce brave homme mais celui-ci nous invitait chez lui pour nous offrir ce thé dont nos papilles rêvaient.

Voilà comment nous nous sommes retrouvés dans une maison perdue au fin fond du quartier, chaleureusement reçus par toute une famille qui s’activait à couvrir leur table de bonbons, de chocolats, de tasses de thé, de morceaux de lipiochka (le pain rond local) et même de bols de bouillon de légumes. Ayant eu quelques échos de l’hospitalité débordante des Ouzbeks, nous n’étions pas IMG_8584surpris mais tout de même un peu gênés et interrogés : attendaient-ils quelque chose de nous ? (Après tout, n’avaient-ils pas proposé de nous louer une de leurs chambres ?) Allaient-ils pousser leur générosité jusqu’à nous préparer un plov, ce plat national qui fait la fierté culinaire de tout un peuple ? Devant cette éventualité, nous avions profité d’une pause prière de leur part pour prétexter le besoin de rentrer.

Tout aurait pu en rester là mais c’était sans compter sur le ramadan en cours, qui leur avait donné l’idée de nous inviter pour l’Aïd el-Fitr, la fameuse fête de fin de jeûne, qui tombait le 1er octobre cette année – un jour férié inédit pour nous. Le jour J, nous avons donc débarqué, avec renfort de cinq autres Français, pour goûter à cet honneur. Notre boussole intérieure nous a fait retrouver facilement le chemin dans ce dédale de ruelles, aidés par les « Frantsous »  (Француз pour la VO!) que les passants chuchotaient entre eux, indice que la nouvelle de notre venue avait fait la une des cancans du quartier et que nous approchions bel et bien de nos hôtes ! C’est autour d’une table doublement plus IMG_8582fournie que la précédente que nous nous sommes ensuite regroupés, de nouveau ébahis par l’accueil – à les entendre, nous leur faisions un honneur de répondre à leur invitation et certains allaient jusqu’à nous remercier d’avoir parcouru tous ces kilomètres depuis notre pays pour venir s’asseoir chez eux ! Au fur et à mesure, de nouveaux gâteaux et sucreries venaient s’ajouter à la table qui débordait. Et lorsque nous sortions prendre l’air dans la cour intérieure, c’était pour mieux se voir offrir les kakis qui y poussaient, entendre la promesse d’un plov qui ne tarderait pas à remplir les bols, ou être invités (pour quatre d’entre nous qui avions glissé notre nez ailleurs) chez la voisine pour d’autres gâteaux, plats et tasses de thé répartis à foison sur une table démesurée par rapport à notre nombre et à l’espace disponible IMG_8634de nos estomacs ! Un seul moyen de s’en sortir avant d’éclater : oser lancer un « amin », une sorte de prière collective de remerciement final, ponctué d’un geste émouvant des mains sur le visage, comme si elles le lavaient et l’imprégnaient d’un doux respect. De retour chez nos hôtes principaux, nous avons honoré l’offre inévitable du plov avant d’impulser une nouvelle prière.

Et ce fut au milieu d’une franche foule de sourires partagées que nous nous sommes remerciés mutuellement, les uns de l’invitation les autres de notre venue… et avons été invité dans 70 jours, pour l’Aïd el-Kébir avec la promesse d’un festin de chachliks (les fameuses brochettes ouzbèkes). L’hospitalité ouzbèke serait-elle sans fin ?

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   à suivre...

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24 septembre 2008

SE MOUVOIR ET S’ÉMOUVOIR

S’il y a un art qui demande parfois d’autres repères que les nôtres, c’est bien l’art de se déplacer. Lors de notre arrivée à Tachkent, il n’était pas encore 6 h du matin lorsque nous avons emprunté notre premier moyen de transport – la voiture de Nicolaï, un jeune homme charmant, accueillant, serviable. Les rues étaient quasi désertes mais nous sentions déjà quelques indices des habitudes sportives de conduite dans le pays. La droite ou la gauche, peu importe, tant que ça double, c’est le principal ! Pour conduire à Tachkent, il faut être le roi du slalom, l’Alberto Tomba du bitume ! Les feux ? Il y a un feu orange qui prévient que ça va être vert alors pourquoi attendre le vert pour faire ronfler le moteur ? Les IMG_8349piétons sont prévenus : déguerpissez, vite, ce n’est bientôt plus votre tour ! Les enfants? Ils sont censés savoir courir si l'on en croit les panneaux! Un vieux qui traîne sur le bitume ? On a l'impression d'assister à une sorte de ballet d’auto-tamponneuses qui jouent à s’éviter tout en contournant une autre auto-tamponneuse qui n’aurait pas trouvé preneur. Côté attraction, c’est le taxi qui fait souvent office de grand frisson. Que dis-je, taxi ? Il y a bien quelques rares taxis homologués mais on se demande ce qu’ils en tirent comme bénéfice. En guise de taxi, arrêtez (presque) n’importe quelle voiture, proposez-leur la destination de votre choix et négociez avant d’embarquer. On s’en tire pour quelques maigres milliers de soums pour un trajet dans Tachkent (soit moins de 2 euros) mais pour un sacré lot d’émotions, variable toutefois selon le courage du conducteur.

Pour redoubler de sensations, mieux vaut encore quitter la capitale et s’engouffrer un peu dans les montagnes arides environnantes. C’est ce que nous avons fait le week-end dernier pour aller à Soukok, un charmant village en pisé où vit la chaleureuse famille d’Umid, notre surveillant-bibliothécaire à l’école française*. Première étape, pas moins de 6 Français en vadrouille dans un mini-bus. Une façon conviviale et relativement confortable de voyager aux côtés des locaux, de découvrir nos premiers champs de coton et de passer les (nombreux) barrages de police sans encombre. Les soums voyagent aussi, de main en main au sein du bus, chacun s’arrangeant pour que les autres trouvent leur monnaie et que le compte final soit bon. Puis vient la deuxième étape (ou plutôt la troisième puisqu’il a fallu changer de mini-bus entre temps), celle du pas-tout-à-fait-taxi version montagnarde ! Pas de feux, pas de larges boulevards, mais des virages et des hauts de côte sans aucune visibilité. Vous croyez que ça effraie un Ouzbek lorsqu’il s’abat sur un véhicule lent ? Que nenni ! Et ça déboîte, sans clignotants évidemment (ils sont peut-être en option pour 8000 soums ?) et sans le moindre frémissement de sourcil. Nos poils à nous se hérissent, nos pupilles se dilatent, nos oreilles s’emplissent de techno locale… mais nous passons. Et comme il faut bien s’habituer, nous reportons notre attention ailleurs. Sur ces vaches IMG_8323qu’on croise au bord de la route. Sur ce cavalier au loin avec son troupeau. Sur ces lignes électriques qui s’en vont rejoindre l’horizon dans ce nulle part poussiéreux. Sur ce camion bleu en panne que deux compères réparent en moins de deux. Ou sur ce lapin rose qui pend à cet immense rétroviseur central (on dirait du Cinémascope !) dans lequel on voit sans mal notre groupe de 6 entassé sur les sièges – 2 à l’avant, 4 à l’arrière. Tout le trajet revient à 1800 soums chacun. Même pas de quoi demander à un taxi parisien de faire un créneau.

Au quotidien, nous nous passons de ce genre d’excitation. Et pour cause, nous passons la plupart de notre temps dans un triangle délimité par notre immeuble, le métro et l’école car il ne nous manque rien d’essentiel dans ce périmètre pourtant restreint où tout est à moins de 20 minutes à pied. Chaque matin en semaine, nous longeons les cabanes métalliques, les immeubles, les arbres, et traversons un petit parc où statues et engins de guerre rendent hommage à la gloire de l’armée nationale. Nous croisons régulièrement des militaires ou policiers donnant la main à leurs enfants sur le chemin de leur école. Le tableau est amusant mais pas toujours si contrasté lorsqu’on remarque qu’un enfant a une kalachnikov en plastique en bandoulière, comme pour dire « quand je serai grand, je ferai comme papa ». Il faut aussi éviter les voitures en traversant un immense boulevard au milieu duquel circule le tramway numéro 13.

Le tramway 13… Une façon assez originale de sillonner la ville. Quelques temps après notre arrivée, il nous fallait rejoindre l’ambassade française pour nous inscrire sur le registre des Français établis à l’étranger. Nous n’avions que de vagues indices pour y parvenir : « après l’église catholique, la ligne tournera à gauche et il faut descendre à l’arrêt suivant ». Il me semblait avoir aussi entendu parler d’un pont mais pas Aurélie. Et surtout pas de réelle indication sur la durée du trajet. Nous avons (mal) guetté églises et ponts, patiemment (ou presque) balancés par les cahotements de cette vieille carlingue qui suivait hardiment les rails tordus, amusés par le contrôleur qui descend aux bifurcations pour aiguiller lui-même l’engin avec une barre de fer. Après de multiples hésitations, alors que le tramway traversait un quartier relativement miteux où il eût été surprenant de trouver une ambassade, nous avons osé baragouiner quelques mots au chauffeur : « frantsouski pasolstva », ce qui sonnerait à peu près comme si on nous disait « langue française ambassade » ! Nous étions à quelques arrêts du bout de la ligne. Nous avons fait demi-tour. Finalement l’ambassade n’était pas si loin de chez nous mais ça met bien deux heures si on souhaite faire un détour par le terminus.


* Notre ami Stéphane a fait un récit de ce périple sur son blog

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21 septembre 2008

ENTRE LES MURS... OUZBEKS

Chokhjakhon, Elena et Khumoyun étaient là. Pas Hamza. Et Vazyra ne viendrait jamais car elle s’était finalement inscrite dans une école à Moscou. Sur une liste de cinq, j’avais donc trois élèves sur quatre ! Ce fut ma première heure d’enseignement à Tachkent. Trois élèves avec qui j’ai commencé le programme d’histoire de première : la France de la Belle Epoque. Tout un programme quand on s’adresse à une classe à 100% non française. Il y a des programmes comme ça qui donnent une sensation étrange lorsqu’on les enseigne ici. Comme ce cours d’éducation civique de troisième sur la nation française, ses valeurs et les conditions de naturalisation, devant quatre élèves, tous de nationalités différentes mais aucun de mon pays. On se rend un peu plus compte que certains pans des programmes de ma matière sont relativement franco-centrés. Certains collègues de la Métropole me diraient qu’ils ont les mêmes sentiments face à une classe de banlieue du côté de Vénissieux ou de Montreuil. Mais une nuance de taille nous différencie : je ne suis pas sur le territoire français et rien n’indique que mes élèves vivront un jour en France. L’autre nuance avec nos banlieues n’est pas une nuance mais un véritable fossé. La plus surchargée de mes classes est celle de cinquième : huit élèves ! A l’autre extrême, trois élèves de terminale. De quoi avoir le vertige ! Le plus marrant, c’est qu’on voit les mêmes comportements qu’en France : des messes basses hors-sujet, des mini-brouhahas créés par quatre réponses simultanées pour cause d’incapacité à lever le doigt, des siestes improvisées sur le coin d’une table ou au creux d’un bras, des ricanements typiquement adolescents, des feuilles de pompe cachées sous la table… Sauf que rien ne passe face à une telle foule de collégiens ou de lycéens. Avec si peu de camarades, ils sont si vite repérés qu’ils n’ont aucun instant de répit pendant les cours. Obligés de suivre les laïus de leur prof barbant ou de subir ses tentatives d’humour. Contraints de répondre régulièrement aux questions orales. Forcés à lire à haute voix au rythme effréné d’un texte sur quatre en classe au lieu d’attendre son tour pendant un mois ou deux. Vous rendez-vous compte de cette torture ?

Côté maternelle, autre ambiance pour Aurélie. Une douzaine de petits bouts, qui parlent français un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, PAS DU TOUT. De quoi jongler avec les langues. Besoin de bricoler avec les mots et les gestes. Avec l’aide de son assistante maternelle ouzbek évidemment. Mais bon, notre cher ministre de l’Education nous dirait sûrement que « surveiller la sieste et changer des couches » (sic) en russe ou en français ça ne change pas grand-chose à son boulot ! En voilà un qui aurait besoin de faire un stage entre nos murs. Non rémunéré bien sûr…

Posté par jraf3615 à 20:09 - Vivre en Ouzbékistan - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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01 septembre 2008

PREMIÈRES IMPRESSIONS

Avant de lire ce texte, il y a une double nuance qu'il faut que les lecteurs gardent bien en tête:
1) notre quartier n'est pas un quartier touristique/historique donc les futurs visiteurs potentiels auront d'autres choses bien plus jolies à découvrir (et nous aussi d'ailleurs, quand on aura un peu de temps!)
2) on n'a pas le même état d'esprit quand on ne fait que venir rendre visite ou quand on est déraciné de son pays pour un temps plutôt long. L'adaptation d'un touriste et celle d'un expatrié n'implique pas les mêmes choses.


Sixième jour depuis notre arrivée. Jour de la fête nationale (fête de l’indépendance).

Nous n’avons guère visité Tachkent hormis notre quartier, où se situent aussi l’école et nos collègues français. Plantons le décor – pas forcément très glamour, je vous préviens !

L’urbanisme est post-soviétique dans toute sa splendeur. Sur les immeubles espacés le long de grandes avenues, le béton gris a généralement imposé sa loi face aux rares couleurs noircies par le temps. Mais contrairement à l’architecture communiste ordinaire, on peut remarquer une petite touche locale, avec quelques frises et motifs de béton qui viennent rompre un peu l’ensemble. En fait, il s’avère que les gens d’ici ont surtout pensé à améliorer leur confort intérieur aux dépens de l’esthétique extérieure, ce qui est assez logique. C’est surtout sur les écoles qu’on peut voir des efforts d’amélioration extérieure, avec des couleurs vives, des jeux et des affiches (dont une avec Shrek et l’âne). Entre tous ces immeubles, le pouvoir soviétique avait souhaité de vastes espaces, vite laissés à l’abandon mais colonisés par une surprenante densité d’arbres, ce qui a le mérite d’aérer et d’égayer les quartiers. Depuis la chute de l’URSS, ces espaces sont aussi devenus une aubaine pour la nouvelle société qui est née. En effet, l’ère soviétique n’était pas celle de la voiture individuelle donc à l’époque, rien n’avait été pensé pour cela lors de la construction de ces quartiers. Au milieu des arbres, a donc surgi un enchevêtrement anarchique de ruelles et de chemins de terre, parsemés de cabanes métalliques qui comblent les interstices et servent généralement de garages. Pour compléter cette recette urbaine, ça et là, des canalisations surgissent de terre, traversent les airs pendant cinq, dix, vingt mètres, puis retournent sous terre. Tous aussi vétustes les uns que les autres, ces tuyaux sont la partie visible d’un réseau dont on imagine mal la cohérence. En se baladant dans ces méandres, on a le sentiment d’être dans un étrange mélange de banlieues à la française et de camping !

Au départ, ce décor donne une impression de saleté. Impression seulement car on se rend compte que c’est finalement à cause des murs qui semblent s’effriter, de la peinture qui s’écaille, de la sécheresse qui rend la terre poussiéreuse, de la rouille qui pointe régulièrement son nez… Mais pas des ordures qui errent dans tous les coins comme c’est le cas de nombreux pays en voie de développement. Certes ce n’est pas nickel partout mais ce n’est pas forcément pire que nos banlieues françaises. D’autre part, par rapport à nos banlieues, l’atmosphère est tout autre car le sentiment d’insécurité est absent de notre quartier. Il y a même quelque chose d’assez paisible. Pas de comportements agressifs ni de regards effrayants. Pas de foule étouffante ni de véhicules qui grouillent comme l’a connu Aurélie pendant un mois au Vietnam, ni même comme le Bucarest qu’on a visité l’année dernière. Pas de poids écrasant de l’islam non plus : les femmes voilées y semblent même moins nombreuses que chez nous ! Les habitudes de vie paraissent s’occidentaliser petit à petit (est-ce une bonne chose ? on ne rentrera pas ici dans ce débat compliqué) ; par exemple, une partie de la population féminine n’hésite pas à s’habiller de manière plutôt sexy – avec un certain mauvais goût local et parfois une vulgarité qui n’est pas sans rappeler les prostituées de l’est qu’on voit régulièrement dans les reportages !

Côté intérieur, dans notre nouveau chez nous au cinquième étage (avec ascenseur déglingué et escaliers sans lumière !), c’est plutôt le kitsch qui domine : tapisserie qui brille, lustres dorés, couleurs et motifs ringards… Mais au-delà de ces apparences, on ne peut pas se plaindre puisque tout est bien équipé (notamment la cuisine) et ce n’est pas l’espace qui manque (au moins deux fois l’appartement qu’on avait à Lyon). Il n’y a que le canapé qu’on aurait vraiment envie de changer : le plus inconfortable que l’on ait connu de notre vie !

On s’attendait globalement à ce genre de décor. Mais y être est une autre paire de manche. Penser qu’on va vivre ici pendant un an provoque parfois un sentiment bizarre. Dire qu’on a été tout de suite à l’aise à 100% serait mentir. Pendant deux ou trois jours, on a oscillé entre enthousiasme et moral dans les chaussettes (surtout moi avec ma fâcheuse habitude d’être perturbé par les changements !) mais, petit à petit, on s’habitue, on s’adapte. Au début, on était vite perdus dans ce labyrinthe mais on a déjà trouvé nos repères et automatiquement ça rassure. Côté bouffe, on va dire que nos entrailles sont encore au stade de l’adaptation (pour ne pas rentrer dans les détails scabreux…) et qu’on s’est fait à l’idée que notre alimentation sera bien moins variée qu’en France. Il y a aussi notre impatience (et stress !) à commencer le boulot pour avoir une occupation régulière. Comme les cours commencent demain, on va être vite dans le bain. On a déjà bien sympathisé avec nos collègues et l’école est plaisante, avec ses murs blancs et sa grande cour. Finalement, le plus perturbant, c’est sans doute notre incapacité à communiquer. Après quelques efforts, on maîtrise déjà une petite vingtaine de mots et expressions en russe. Des mots-clés de politesse, des aliments pour faire les courses… En parlant « petit nègre » et en jouant les mimes, une communication sommaire est possible et ça soulage déjà un peu. Jeudi, nous aurons notre premier cours de russe (pour l’ouzbek, on verra plus tard !). Evidemment, le mieux serait de pouvoir faire comme dans Matrix, en se connectant un ordinateur dans la nuque pour télécharger la connaissance directement dans le cerveau ! Mais avec ça, les découvertes perdraient de leur saveur… et le métier d’enseignant serait vite obsolète. Ce serait dommage, non ?

Posté par jraf3615 à 10:09 - Vivre en Ouzbékistan - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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