06 juin 2009
LE CLAN DES SEPT EN OUZBÉKISTAN
L'énigme était simple pour cet épisode inédit des aventures créées par Enid Blyton : comment déplacer le clan des 7 à travers l'Ouzbékistan ? Dans le rôle de Pierre et Jeannette, Aurélie et moi devions mener la troupe. Pas de chien Moustique pour nous accompagner (pas de moustiques tout court d'ailleurs) mais mes parents (Dodo et Marc), ma soeur (Alex), la sœur d'Aurélie (Hélo) et notre fidèle Evelyne. Pas moins de 7 Français donc, pour découvrir (ou redécouvrir) quelques joyaux de ce pays. Notre mission était de caser le maximum (ou plutôt l'optimum) en moins de 9 jours.
Première étape, inéluctable : la capitale Tachkent, où tout a commencé par un thermomètre sous le bras imposé par des infirmières ouzbèques pour déceler une éventuelle grippe "porcine". Parmi les premières impressions : oulala, la conduite, elle est sportive... et pourtant y a bien pire que ces premiers taxis ! Et nos 5 zigotos de trouver qu'on a un niveau de russe exceptionnel : qu'est-ce qu'on peut épater avec deux-trois bricoles et du parler "petit nègre" ! Premiers défis : gérer le décalage du voyage (pas un décalage horaire insurmontable mais une halte relativement longue à Istanbul et une arrivée de très bonne heure) et répartir tout ce beau monde dans deux appartements, ainsi que les bagages - en partie pleines de réjouissances pour les expatriés que nous sommes (journaux français, bouffe franchouillarde, éléments de technologie manquante...). Alors, sieste ou pas sieste ? Allez, sieste... Puis c'est parti mon quiqui, on fait un détour par la gare pour les trains des jours prochains, on visite notre quartier et l'école et hop ! Direction Chorsu, le bazar et sa coupole bleue. Premiers contacts avec la population locale et déjà premières affaires. Comment ça c'est pas cher, maman ?
Il faut bien négocier quand même, c'est une question de culture et d'habitude, même pour quelques pauvres soums ! Ah la la, ces touristes, j'te jure, ils seraient prêts à acheter un bracelet à 1 euro... Bon c'est pas tout mais on a aussi mon maître-potier Alisher à qui rendre visite puis faire un tour dans le centre vers Mustaqillik. Allez zou !
Deuxième jour, en avant Samarcande (et non Guingamp) via la voie ferrée. Un petit aperçu de la richesse cinématographique ouzbèke grâce à l'écran installé dans le wagon : "Advoktlar", une histoire d'avocats qui voient leurs magouilles de jeunesse leur revenir dans les dents, bref une histoire apparemment passionnante avec un jeu subtil et montage d'une finesse rare (ironie évidemment). Arrivée à Samarcande, notre troupe est fascinée par les monuments grandioses. Même avec la déception de les voir noyés dans une ville plutôt bruyante et partiellement soviétisée... et même si Hélo en a déjà marre du bleu.
Pour éviter l'overdose de médersas, mosquées et autres mausolées, rien de tel que d'aménager des pauses villageoises. Sur suggestion d'Aurélie, nous voilà donc sur les hauteurs d'Urgut, à ne plus savoir où donner du "assalam aleïkoum"
tant la troupe semble être la curiosité du jour pour les locaux, l'activité qui rompt la monotonie de leur routine. C'est bien une des choses les plus revigorantes dans ce pays : constater que la curiosité est des deux bords, que la rencontre devient une réjouissance pour les visiteurs comme pour les visités, que l'on est toujours la bête curieuse de quelqu'un. Revers de la médaille : pas moyen d'être tranquille ! Et lorsqu'on décide de monter un peu plus dans la montagne et de traverser les champs, voilà que surgissent de toutes parts, en bas dans la vallée, des têtes qui nous regardent, des voix qui nous hèlent et des bras qui s'agitent pour nous indiquer où descendre. Pour eux, nous ne pouvons qu'être perdus, évidemment, qui aurait intérêt à se promener là-haut?...
La pause villageoise est salutaire et le lendemain recommence l'exploration des merveilles historiques : Boukhara. Notre préférence à nous, Aurélie et moi, semble devenir aussi la préférence de notre clan. S'ils n'ont pas eu la joie de se perdre dans les méandres de la vieille ville (c'est l'inconvénient de se laisser guider par ceux qui connaissent un lieu...), et malgré les côtés attrape-touristes que sont toutes les échoppes et leurs vendeurs-sangsues, ils sont charmés par l'atmosphère beaucoup plus vivante et authentique que les villes précédentes et leurs malheureuses séquelles de l'histoire (notamment sismique et soviétique). Déambuler, c'est ce qu'il y a de mieux à faire dans Boukhara et à sept, on le fait très bien.
Quand on est en manque de sensations fortes, il suffit de grimper sur le château d'eau en face de l'Ark, cette structure métallique dont on se surprend à gravir les marches au-dessus du vide. Et pour se remettre de ses émotions, rien de tel qu'un petit thé ou un repas au bord du Liab-i-Khaouz. Repas... Comment ne pas mentionner l'extraordinaire chance que nous avons eu durant tout le voyage : tomber généralement sur ce qui peut se faire de mieux dans la gastronomie ouzbèque... mais malgré cela la trouver monotone et peu enthousiasmante. Qu'est-ce que nous pouvons être chiants, nous Français, avec notre complexe de supériorité gastronomique !
Pour l'étape suivante, nos talents de négociateurs ont embarqué toute la clique à bord d'un mini-bus rien que pour nous. Direction Khiva, entre décontraction (on a de la place...) et
stress (slalom entre les trous à toute berzingue, un grand classique de la conduite ouzbèque). Arrivé à Khiva, que faire ? Se reposer d'abord. Profiter un peu de quelques vues de Khiva le soir (mais pas trop car l'orage s'en mêle). Visiter plutôt le lendemain. Pas seulement visiter d'ailleurs : passer des heures à choisir des suzanis et autres souvenirs, faire les pitres avec les splendides colonnes de la mosquée Juma (quel respect du lieu !), se demander quelle robe de mariée kitsch à paillettes ferait le plus d'effet en France...
Le jour suivant, c'est voyage dans le temps parmi les ruines : ces fameuses citadelles du désert dont on vous avait déjà dit des nouvelles. L'occasion aussi de traverser l'Amou Daria à pied sur le pont flottant fait de barges rouillées. L'occasion aussi de prendre un repas sous une yourte au pied de l'Ayaz-Kala (citadelle que nous n'avions d'ailleurs pas visitée lors de notre première visite). L'occasion ensuite, puisqu'on arrivait plus tôt que prévu à l'aéroport d'Ourguentch, de se renseigner pour un éventuel vol antérieur à celui que nous avions réservé. Après tout, on aurait pu mieux profiter de la soirée à Tachkent plutôt que de poireauter à l'aéroport ! Peine perdue, pas d'avion plus tôt que 21h (et comme on est seuls dans l'aéroport, on prend nos aises, à boire un café en chaussettes!).
Pire, l'avion est en retard. Pire de chez pire, l'avion au départ de Tachkent est finalement annulé, officiellement pour cause d'orage intense. Pire du pire du pire, il faut passer la nuit à Ourguentch (une ville aussi palpitante que Givors par temps de brouillard). Pirissime, notre ami Umid et sa famille nous attendent le lendemain dans leur village de Soukok, dans les montagnes autour de Tachkent, et on n'a aucun moyen de le prévenir de notre retard (l'avion du lendemain arrivant en fin de matinée).
Toujours est-il qu'on a tout de même pu y aller, à Soukok. Et avec 2 bonnes heures de retard. Mais l'Ouzbek est patient, surtout s'il s'agit de notre immense Umid (immense par la taille et par le cœur). L'accueil est irréprochable, comme d'habitude. La petite Faranghiz est très éveillée et regarde cette bande d'étrangers avec de grands yeux curieux, mais pleure quand elle croise le regard de mon père - elle aurait donc compris que c'est le méchant docteur qui fait des piqûres ? Et pendant que les femmes s'agitent à préparer le traditionnel plov en notre honneur (honnêtement un des meilleurs qu'on ait goûtés en 8 mois dans ce pays), Umid nous mène un peu sur les hauteurs. Ce ciel, d'un bleu profond, et ces montagnes aux sommets enneigés. Quel spectacle fabuleux. Simple, pourtant, mais fabuleux. Reposant aussi après cet intense voyage à 7.
Le soir, 5 s'envolent et 2 restent. Comme si l'émotion des départs ne suffisait pas, il a fallu une péripétie supplémentaire, une peur au ventre : avec nos 165 kilos de bagages (puisque nos 5 en profitent pour nous ramener en France une partie de ce qu'on a accumulé...), obligés de prendre 3 taxis pour rejoindre l'aéroport. Or seuls Aurélie et moi parlons russe. Dodo et Evelyne se retrouvent dans le seul taxi sans russophone, avec les passeports de tous et seulement les 4000 soums nécessaires pour rejoindre le terminal. Comble de la malchance, c'est à elles qu'arrive ce qu'on avait fini par ne presque plus redouter à force de s'habituer aux conditions locales : un accident ! Leur taxi a voulu suivre celui d'Aurélie (ou faire la course ?) et a pris un virage trop rapidement, tombant donc dans une de ces nombreuses canalisations ouvertes qui bordent les routes ouzbèkes.
5 d'entre nous sommes à l'aéroport, de plus en plus inquiets de ne pas les voir. Elles, malgré le choc (plus de peur que de mal), malgré ce con de chauffeur qui ne s'inquiète que de sa voiture et a le culot de demander le paiement d'une partie de la course, malgré leurs notions inexistantes de russe, elles, donc, finissent par se faire emmener par un autre taxi. Soulagement général. Et les larmes sont là, évidemment. Des larmes post-angoisse et des larmes pré-départ. Mais il y a aussi, là-dessous, de la joie d'avoir passé ces 9 jours à 7. L'aventure finit bien et d'autres nous attendent...
08 février 2009
PRENDRE LE FRAIS ET EN AVOIR POUR SES FRAIS
Sur un parking de la ville de Gazalkent, une vieille Lada Jigouli attend que son moteur soit assez chaud pour partir. Au volant, un Ouzbek et sa chapka en fourrure. Ses passagers, deux Français avec des manteaux de ski. Quelques kilomètres plus loin, les deux Français commencent à avoir plus chaud que le moteur alors que, dehors, le paysage a blanchi.
La route est plus ou moins enneigée mais la Jigouli n'en a que faire et continue de grimper. De toute façon, si elle a un problème, il y aura toujours les loueurs de chaînes, répartis ça et là le long de la route pour gagner quelques soums en se portant à la rescousse des véhicules qui patinent. Mais la Jigouli n'a pas ce problème
, aussi vieille soit-elle, et double tout ce qui lui passe sous la dent. A la place du mort, le siège bouge, ne tenant que grâce à un système D d'attache avec des fils électriques de récupération - les Ouzbeks sont tous des MacGyver en herbe.
Et voilà que la destination convoitée est à portée de pneu, nous accueillant avec un splendide Père Noël qui clame "Welcome" sur un panneau publicitaire. Voilà Tchimgan, la station de ski populaire de l'Ouzbékistan. Les deux Français payent leurs 10 000 soums au chauffeur et sortent de la Jigouli pour s'imprégner immédiatement de quelques odeurs de fumée - un vendeur de chachliks (brochettes ouzbèkes). Au pied de la première piste, c'est l'effervescence mais aucun ski ou presque à l'horizon: ici c'est une piste de luge
(en guise de luge, ce sont surtout des matelas empaquetés dans du plastique), de promenades dans la neige, de bagarre dans la neige, de pique-nique dans la neige, de vodka ou bière dans la neige, bref de tout ce que les Ouzbeks peuvent trouver à faire dans la neige. Et il y a un télésiège, 3000 soums la montée, ski et luge interdits (en théorie...). Va pour 6000 soums donc, histoire de profiter du panorama.
Au bout du télésiège, une vue magnifique sur les environs... et une concentration d'Ouzbeks, de Russes et de quelques touristes étrangers (quelques Japonais apparemment),
qui se prennent en photo les uns les autres, devant ce beau paysage mais aussi sur la structure rouillée de l'arrivée du télésiège et, surtout, le long d'une barrière couverte de morceaux de tissu, que chacun noue pour qu'un vœu soit exaucé. Les Français aussi prennent des photos mais n'accrochent pas de tissu - non pas qu'ils n'aient aucun vœu à faire mais aucun morceau de tissu n'est à leur disposition...
La descente peut se faire aussi avec le télésiège mais c'est tellement plus marrant d'opter pour la piste à pied, de s'enfoncer dans la neige, de glisser sur la neige, bref de faire tout ce que les Ouzbeks font plus bas dans la neige.
Plus loin, une véritable piste de ski. Une vraie piste bleue sans panneau bleu, pleine de débutants à chapka et de moins débutants qui n'ont de toute façon pas trop le choix des
pistes. Une vraie piste accessible par tire-fesses - d'un genre que les Français ne connaissaient pas, où l'on peut monter à deux, assis sur une sorte de barre en fer tirée par une corde. Au pied de la piste, des locations de ski et snowboard, organisées en plein air au milieu des
stands de nourriture. Un véritable petit bazar version station de ski. Et comme toute station de ski qui se respecte, une terrasse accueille les affamés et les assoiffés, pour une petite séance de chachliks et de thé.
Le tour de la station étant relativement rapide, les deux Français s'en vont se balader dans la petite ville, peut-être même descendre jusqu'au lac qu'ils ont aperçu du haut
du télésiège. Cette petite ville a plutôt l'air cossu, vu l'aspect de certaines maisons (en tout cas plus que le petit village tadjik que les deux Français ont visité à l'automne et dont ils n'ont toujours pas parlé sur leur blog...). Cette petite ville a aussi plutôt l'air étalé puisque le lac ne sera finalement vu que de loin ! Les deux Français remontent,
pensant que leurs émotions du jour touchent à leur fin et qu'ils s'en vont reprendre un taxi pour revenir sur Tachkent via Gazalkent.
C'est sans compter sur les activités proposées au cœur de la station: au beau milieu de la route, on peut louer des quads ou des chevaux fougueux
et s'y adonner avec excès. Ce sont donc des dizaines d'Ouzbeks en furie (sûrement imprégnés d'alcool pour certains) qui s'éclatent, les uns roulant et dérapant à tout vitesse au milieu des voitures et des piétons, les autres cravachant leurs chevaux comme si leur vie en dépendait. Une telle anarchie ne peut que provoquer des accidents, n'est-ce pas ? Nos deux Français ne seront pas seulement témoins de l'accident du jour... ils en seront acteurs ! Un cheval au galop, un idiot sur la selle et voici une Aurélie par terre, renversée par la vitesse du coup mais amortie par la neige
et la flaque dans laquelle elle s'affale. Plus de peur que de mal puisque le cheval l'a heurtée sur le côté. Mais une inquiétude réelle au moment des faits, et une intense colère envers ce cavalier fou et lâche, incapable de faire demi-tour pour s'excuser.
Aurélie trempée, Raphaël énervé, mais le pire a été évité et ils finissent par en rire. Il
est temps de quitter cet endroit. Un nouveau taxi, un chauffeur à la conduite un peu trop hâtive (comme si les émotions de fin de journée ne suffisaient pas !) mais nos deux Français sont finalement ravis de leur escapade dans le frais. La prochaine fois, ils penseront quand même à apporter un bout de tissu pour les protéger, on ne sait jamais...



























