Who's bek ? - deux Français en Ouzbékistan

Quand un couple de Français décide de passer une année de leur vie en Ouzbékistan, ça ne peut qu'engendrer récits, anecdotes, impressions et coups de cœur en tout genre... Et encore plus si on y ajoute leurs voyages en Inde effectués depuis Tachkent !

24 septembre 2008

SE MOUVOIR ET S’ÉMOUVOIR

S’il y a un art qui demande parfois d’autres repères que les nôtres, c’est bien l’art de se déplacer. Lors de notre arrivée à Tachkent, il n’était pas encore 6 h du matin lorsque nous avons emprunté notre premier moyen de transport – la voiture de Nicolaï, un jeune homme charmant, accueillant, serviable. Les rues étaient quasi désertes mais nous sentions déjà quelques indices des habitudes sportives de conduite dans le pays. La droite ou la gauche, peu importe, tant que ça double, c’est le principal ! Pour conduire à Tachkent, il faut être le roi du slalom, l’Alberto Tomba du bitume ! Les feux ? Il y a un feu orange qui prévient que ça va être vert alors pourquoi attendre le vert pour faire ronfler le moteur ? Les IMG_8349piétons sont prévenus : déguerpissez, vite, ce n’est bientôt plus votre tour ! Les enfants? Ils sont censés savoir courir si l'on en croit les panneaux! Un vieux qui traîne sur le bitume ? On a l'impression d'assister à une sorte de ballet d’auto-tamponneuses qui jouent à s’éviter tout en contournant une autre auto-tamponneuse qui n’aurait pas trouvé preneur. Côté attraction, c’est le taxi qui fait souvent office de grand frisson. Que dis-je, taxi ? Il y a bien quelques rares taxis homologués mais on se demande ce qu’ils en tirent comme bénéfice. En guise de taxi, arrêtez (presque) n’importe quelle voiture, proposez-leur la destination de votre choix et négociez avant d’embarquer. On s’en tire pour quelques maigres milliers de soums pour un trajet dans Tachkent (soit moins de 2 euros) mais pour un sacré lot d’émotions, variable toutefois selon le courage du conducteur.

Pour redoubler de sensations, mieux vaut encore quitter la capitale et s’engouffrer un peu dans les montagnes arides environnantes. C’est ce que nous avons fait le week-end dernier pour aller à Soukok, un charmant village en pisé où vit la chaleureuse famille d’Umid, notre surveillant-bibliothécaire à l’école française*. Première étape, pas moins de 6 Français en vadrouille dans un mini-bus. Une façon conviviale et relativement confortable de voyager aux côtés des locaux, de découvrir nos premiers champs de coton et de passer les (nombreux) barrages de police sans encombre. Les soums voyagent aussi, de main en main au sein du bus, chacun s’arrangeant pour que les autres trouvent leur monnaie et que le compte final soit bon. Puis vient la deuxième étape (ou plutôt la troisième puisqu’il a fallu changer de mini-bus entre temps), celle du pas-tout-à-fait-taxi version montagnarde ! Pas de feux, pas de larges boulevards, mais des virages et des hauts de côte sans aucune visibilité. Vous croyez que ça effraie un Ouzbek lorsqu’il s’abat sur un véhicule lent ? Que nenni ! Et ça déboîte, sans clignotants évidemment (ils sont peut-être en option pour 8000 soums ?) et sans le moindre frémissement de sourcil. Nos poils à nous se hérissent, nos pupilles se dilatent, nos oreilles s’emplissent de techno locale… mais nous passons. Et comme il faut bien s’habituer, nous reportons notre attention ailleurs. Sur ces vaches IMG_8323qu’on croise au bord de la route. Sur ce cavalier au loin avec son troupeau. Sur ces lignes électriques qui s’en vont rejoindre l’horizon dans ce nulle part poussiéreux. Sur ce camion bleu en panne que deux compères réparent en moins de deux. Ou sur ce lapin rose qui pend à cet immense rétroviseur central (on dirait du Cinémascope !) dans lequel on voit sans mal notre groupe de 6 entassé sur les sièges – 2 à l’avant, 4 à l’arrière. Tout le trajet revient à 1800 soums chacun. Même pas de quoi demander à un taxi parisien de faire un créneau.

Au quotidien, nous nous passons de ce genre d’excitation. Et pour cause, nous passons la plupart de notre temps dans un triangle délimité par notre immeuble, le métro et l’école car il ne nous manque rien d’essentiel dans ce périmètre pourtant restreint où tout est à moins de 20 minutes à pied. Chaque matin en semaine, nous longeons les cabanes métalliques, les immeubles, les arbres, et traversons un petit parc où statues et engins de guerre rendent hommage à la gloire de l’armée nationale. Nous croisons régulièrement des militaires ou policiers donnant la main à leurs enfants sur le chemin de leur école. Le tableau est amusant mais pas toujours si contrasté lorsqu’on remarque qu’un enfant a une kalachnikov en plastique en bandoulière, comme pour dire « quand je serai grand, je ferai comme papa ». Il faut aussi éviter les voitures en traversant un immense boulevard au milieu duquel circule le tramway numéro 13.

Le tramway 13… Une façon assez originale de sillonner la ville. Quelques temps après notre arrivée, il nous fallait rejoindre l’ambassade française pour nous inscrire sur le registre des Français établis à l’étranger. Nous n’avions que de vagues indices pour y parvenir : « après l’église catholique, la ligne tournera à gauche et il faut descendre à l’arrêt suivant ». Il me semblait avoir aussi entendu parler d’un pont mais pas Aurélie. Et surtout pas de réelle indication sur la durée du trajet. Nous avons (mal) guetté églises et ponts, patiemment (ou presque) balancés par les cahotements de cette vieille carlingue qui suivait hardiment les rails tordus, amusés par le contrôleur qui descend aux bifurcations pour aiguiller lui-même l’engin avec une barre de fer. Après de multiples hésitations, alors que le tramway traversait un quartier relativement miteux où il eût été surprenant de trouver une ambassade, nous avons osé baragouiner quelques mots au chauffeur : « frantsouski pasolstva », ce qui sonnerait à peu près comme si on nous disait « langue française ambassade » ! Nous étions à quelques arrêts du bout de la ligne. Nous avons fait demi-tour. Finalement l’ambassade n’était pas si loin de chez nous mais ça met bien deux heures si on souhaite faire un détour par le terminus.


* Notre ami Stéphane a fait un récit de ce périple sur son blog

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21 septembre 2008

ENTRE LES MURS... OUZBEKS

Chokhjakhon, Elena et Khumoyun étaient là. Pas Hamza. Et Vazyra ne viendrait jamais car elle s’était finalement inscrite dans une école à Moscou. Sur une liste de cinq, j’avais donc trois élèves sur quatre ! Ce fut ma première heure d’enseignement à Tachkent. Trois élèves avec qui j’ai commencé le programme d’histoire de première : la France de la Belle Epoque. Tout un programme quand on s’adresse à une classe à 100% non française. Il y a des programmes comme ça qui donnent une sensation étrange lorsqu’on les enseigne ici. Comme ce cours d’éducation civique de troisième sur la nation française, ses valeurs et les conditions de naturalisation, devant quatre élèves, tous de nationalités différentes mais aucun de mon pays. On se rend un peu plus compte que certains pans des programmes de ma matière sont relativement franco-centrés. Certains collègues de la Métropole me diraient qu’ils ont les mêmes sentiments face à une classe de banlieue du côté de Vénissieux ou de Montreuil. Mais une nuance de taille nous différencie : je ne suis pas sur le territoire français et rien n’indique que mes élèves vivront un jour en France. L’autre nuance avec nos banlieues n’est pas une nuance mais un véritable fossé. La plus surchargée de mes classes est celle de cinquième : huit élèves ! A l’autre extrême, trois élèves de terminale. De quoi avoir le vertige ! Le plus marrant, c’est qu’on voit les mêmes comportements qu’en France : des messes basses hors-sujet, des mini-brouhahas créés par quatre réponses simultanées pour cause d’incapacité à lever le doigt, des siestes improvisées sur le coin d’une table ou au creux d’un bras, des ricanements typiquement adolescents, des feuilles de pompe cachées sous la table… Sauf que rien ne passe face à une telle foule de collégiens ou de lycéens. Avec si peu de camarades, ils sont si vite repérés qu’ils n’ont aucun instant de répit pendant les cours. Obligés de suivre les laïus de leur prof barbant ou de subir ses tentatives d’humour. Contraints de répondre régulièrement aux questions orales. Forcés à lire à haute voix au rythme effréné d’un texte sur quatre en classe au lieu d’attendre son tour pendant un mois ou deux. Vous rendez-vous compte de cette torture ?

Côté maternelle, autre ambiance pour Aurélie. Une douzaine de petits bouts, qui parlent français un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, PAS DU TOUT. De quoi jongler avec les langues. Besoin de bricoler avec les mots et les gestes. Avec l’aide de son assistante maternelle ouzbek évidemment. Mais bon, notre cher ministre de l’Education nous dirait sûrement que « surveiller la sieste et changer des couches » (sic) en russe ou en français ça ne change pas grand-chose à son boulot ! En voilà un qui aurait besoin de faire un stage entre nos murs. Non rémunéré bien sûr…

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05 septembre 2008

PETITE MISE AU POINT POUR RASSURER !

Bonjour à toutes et à tous.

Je me rends compte que mon message précédent a tendance à vous inquiéter ou à vous donner une mauvaise impression de notre vie ici. Il est vrai que j'ai manqué cruellement de légèreté et de dérision humoristique! Et pourtant j'ai modifié mon texte d'origine 3 ou 4 fois pour le rendre plus soft! Malgré cela - et malgré ma petite intro rajoutée par la suite - je crois qu'il était nécessaire de compléter par ce nouveau message pour rassurer tout le monde.

Tout d'abord, après l'inévitable choc culturel des premiers jours qui perturbe forcément les repères, notre moral est de nouveau à l'état normal - ce qui n'est malheureusement pas encore le cas de nos entrailles! Nous nous sommes habitués à notre cadre de vie et avons remarqué petit à petit les détails qui font relativiser les aspects plutôt moches du quartier : les arbres à profusion, les couleurs qui sont finalement moins rares qu'on ne le pense au départ, etc... Mais surtout ma grosse erreur a été de ne parler pratiquement que du décor et très peu de l'ambiance et du côté humain. Or il n'y a aucun problème de ce point de vue, bien au contraire. Je penserai évidemment à rattraper un peu mieux cette erreur plus tard dans un texte sur les gens d'ici.

Ensuite, notre train de vie s'est mis en marche de façon plus concrète depuis mardi et nos premiers pas en classe. Et de ce point de vue, tout va bien aussi. Et là encore, un texte ultérieur viendra développer ce thème-là!

Bref, globalement, tout va donc très bien et nous sommes très satisfaits des débuts de notre expérience. Donc soyez rassurés! Ce week-end, nous allons peut-être découvrir un peu plus la ville, avec sans doute le marché aux puces. Ca changera un peu...

A très bientôt... avec un peu plus d'humour et d'enthousiasme, je vous le promets!

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01 septembre 2008

PREMIÈRES IMPRESSIONS

Avant de lire ce texte, il y a une double nuance qu'il faut que les lecteurs gardent bien en tête:
1) notre quartier n'est pas un quartier touristique/historique donc les futurs visiteurs potentiels auront d'autres choses bien plus jolies à découvrir (et nous aussi d'ailleurs, quand on aura un peu de temps!)
2) on n'a pas le même état d'esprit quand on ne fait que venir rendre visite ou quand on est déraciné de son pays pour un temps plutôt long. L'adaptation d'un touriste et celle d'un expatrié n'implique pas les mêmes choses.


Sixième jour depuis notre arrivée. Jour de la fête nationale (fête de l’indépendance).

Nous n’avons guère visité Tachkent hormis notre quartier, où se situent aussi l’école et nos collègues français. Plantons le décor – pas forcément très glamour, je vous préviens !

L’urbanisme est post-soviétique dans toute sa splendeur. Sur les immeubles espacés le long de grandes avenues, le béton gris a généralement imposé sa loi face aux rares couleurs noircies par le temps. Mais contrairement à l’architecture communiste ordinaire, on peut remarquer une petite touche locale, avec quelques frises et motifs de béton qui viennent rompre un peu l’ensemble. En fait, il s’avère que les gens d’ici ont surtout pensé à améliorer leur confort intérieur aux dépens de l’esthétique extérieure, ce qui est assez logique. C’est surtout sur les écoles qu’on peut voir des efforts d’amélioration extérieure, avec des couleurs vives, des jeux et des affiches (dont une avec Shrek et l’âne). Entre tous ces immeubles, le pouvoir soviétique avait souhaité de vastes espaces, vite laissés à l’abandon mais colonisés par une surprenante densité d’arbres, ce qui a le mérite d’aérer et d’égayer les quartiers. Depuis la chute de l’URSS, ces espaces sont aussi devenus une aubaine pour la nouvelle société qui est née. En effet, l’ère soviétique n’était pas celle de la voiture individuelle donc à l’époque, rien n’avait été pensé pour cela lors de la construction de ces quartiers. Au milieu des arbres, a donc surgi un enchevêtrement anarchique de ruelles et de chemins de terre, parsemés de cabanes métalliques qui comblent les interstices et servent généralement de garages. Pour compléter cette recette urbaine, ça et là, des canalisations surgissent de terre, traversent les airs pendant cinq, dix, vingt mètres, puis retournent sous terre. Tous aussi vétustes les uns que les autres, ces tuyaux sont la partie visible d’un réseau dont on imagine mal la cohérence. En se baladant dans ces méandres, on a le sentiment d’être dans un étrange mélange de banlieues à la française et de camping !

Au départ, ce décor donne une impression de saleté. Impression seulement car on se rend compte que c’est finalement à cause des murs qui semblent s’effriter, de la peinture qui s’écaille, de la sécheresse qui rend la terre poussiéreuse, de la rouille qui pointe régulièrement son nez… Mais pas des ordures qui errent dans tous les coins comme c’est le cas de nombreux pays en voie de développement. Certes ce n’est pas nickel partout mais ce n’est pas forcément pire que nos banlieues françaises. D’autre part, par rapport à nos banlieues, l’atmosphère est tout autre car le sentiment d’insécurité est absent de notre quartier. Il y a même quelque chose d’assez paisible. Pas de comportements agressifs ni de regards effrayants. Pas de foule étouffante ni de véhicules qui grouillent comme l’a connu Aurélie pendant un mois au Vietnam, ni même comme le Bucarest qu’on a visité l’année dernière. Pas de poids écrasant de l’islam non plus : les femmes voilées y semblent même moins nombreuses que chez nous ! Les habitudes de vie paraissent s’occidentaliser petit à petit (est-ce une bonne chose ? on ne rentrera pas ici dans ce débat compliqué) ; par exemple, une partie de la population féminine n’hésite pas à s’habiller de manière plutôt sexy – avec un certain mauvais goût local et parfois une vulgarité qui n’est pas sans rappeler les prostituées de l’est qu’on voit régulièrement dans les reportages !

Côté intérieur, dans notre nouveau chez nous au cinquième étage (avec ascenseur déglingué et escaliers sans lumière !), c’est plutôt le kitsch qui domine : tapisserie qui brille, lustres dorés, couleurs et motifs ringards… Mais au-delà de ces apparences, on ne peut pas se plaindre puisque tout est bien équipé (notamment la cuisine) et ce n’est pas l’espace qui manque (au moins deux fois l’appartement qu’on avait à Lyon). Il n’y a que le canapé qu’on aurait vraiment envie de changer : le plus inconfortable que l’on ait connu de notre vie !

On s’attendait globalement à ce genre de décor. Mais y être est une autre paire de manche. Penser qu’on va vivre ici pendant un an provoque parfois un sentiment bizarre. Dire qu’on a été tout de suite à l’aise à 100% serait mentir. Pendant deux ou trois jours, on a oscillé entre enthousiasme et moral dans les chaussettes (surtout moi avec ma fâcheuse habitude d’être perturbé par les changements !) mais, petit à petit, on s’habitue, on s’adapte. Au début, on était vite perdus dans ce labyrinthe mais on a déjà trouvé nos repères et automatiquement ça rassure. Côté bouffe, on va dire que nos entrailles sont encore au stade de l’adaptation (pour ne pas rentrer dans les détails scabreux…) et qu’on s’est fait à l’idée que notre alimentation sera bien moins variée qu’en France. Il y a aussi notre impatience (et stress !) à commencer le boulot pour avoir une occupation régulière. Comme les cours commencent demain, on va être vite dans le bain. On a déjà bien sympathisé avec nos collègues et l’école est plaisante, avec ses murs blancs et sa grande cour. Finalement, le plus perturbant, c’est sans doute notre incapacité à communiquer. Après quelques efforts, on maîtrise déjà une petite vingtaine de mots et expressions en russe. Des mots-clés de politesse, des aliments pour faire les courses… En parlant « petit nègre » et en jouant les mimes, une communication sommaire est possible et ça soulage déjà un peu. Jeudi, nous aurons notre premier cours de russe (pour l’ouzbek, on verra plus tard !). Evidemment, le mieux serait de pouvoir faire comme dans Matrix, en se connectant un ordinateur dans la nuque pour télécharger la connaissance directement dans le cerveau ! Mais avec ça, les découvertes perdraient de leur saveur… et le métier d’enseignant serait vite obsolète. Ce serait dommage, non ?

Posté par jraf3615 à 10:09 - Vivre en Ouzbékistan - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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